L’histoire du pétrole (partie XIII) : les Etats-Unis verrouillent le Moyen-Orient (1950-1956)

L’histoire du pétrole (partie XIII) : les Etats-Unis verrouillent le Moyen-Orient (1950-1956)

Rappel : Au début de la Seconde Guerre mondiale, l’Arabie saoudite intéressait fort peu le président Roosevelt, qui refusa d’aider les entreprises américaines implantées là-bas et rencontrant des difficultés. La position de Washington changea brutalement durant la guerre, lorsque les géologues et militaires rapportèrent que l’Arabie saoudite disposait des plus grandes réserves mondiales de brut. En 1945, Roosevelt signa les accords du Quincy avec le roi saoudien, nationalisant l’exploitation pétrolière américano-saoudienne sous le nom de « Aramco ». L’exploitation en Arabie saoudite était devenue une priorité nationale pour les Etats-Unis. Contre l’exclusivité, les Américains ne formulèrent que deux promesses : le gouvernement américain ne changera jamais sa politique en Palestine sans consulter les Arabes et les Juifs et n’entreprendra jamais quoi que ce soit d’hostile envers les Arabes. Le partenariat faisant intervenir la Jersey Standard, Socony, SoCal et Texaco, les autres partenaires de l’IPC avait voix au chapitre, car l’accord de la « ligne rouge » requérait l’assentiment de toutes les parties concernant du pétrole situé sur l’ancien territoire de l’Empire ottoman. Si les Britanniques s’inclinèrent, estimant le pétrole d’Arabie perdu, il n’en alla pas de même de la France et de Gulbenkian. La France, alors sous le gouvernement provisoire de de Gaulle, demanda et obtint des réparations mais, profitant par ailleurs du plan Marshall (consistant pour moitié en une aide pétrolière), ne poussa pas plus loin les exigences. Les Américains mirent ainsi la main sur la plus grande réserve mondiale d’un pétrole qui plus est d’une excellente qualité. La France garda rancœur d’avoir été écartée de cette manne. Pour les Etats-Unis, c’était sécuriser un apport extérieur alors que l’indépendance énergétique du pays chancelait face à une demande toujours plus vorace. Mais déjà, les pays producteurs de pétrole non-occidentaux songeaient à utiliser l’indispensable or noir en arme géopolitique : le centre de gravité de l’extraction pétrolière échappait à Washington.

En 1938, alors que les Mexicains nationalisaient leur pétrole, les Vénézuéliens demandèrent un partage plus équitable de la rente pétrolière. Dès 1939, Washington et Londres invitèrent la Jersey, la Shell et Gulf Oil à accepter ces doléances : le pétrole vénézuélien, loin du front, contrôlé par les Anglo-saxons, était celui d’un pays peu peuplé donc pouvant beaucoup exporter. Partant, le Venezuela jouait un rôle stratégique très important dans la guerre et devint un temps le premier producteur mondial. Herbert Hoover Jr., fils du président du même nom, fut envoyé à Caracas en tant qu’éminent géologue pour négocier. La junte au pouvoir parvint à arracher un partage 50/50 par une loi de 1943, contre un allongement de la concession sur quarante années. En théorie du moins. L’économiste et juriste Juan Pablo Pérez Alfonzo, celui qui créera l’OPEP, démontra que les majors ne laissèrent en vérité que des miettes au gouvernement. Pérez Alfonzo était membre du parti réformiste Acción Democrática qui accéda en 1945 au pouvoir grâce à un coup militaire. Romulo Betancourt, le « père de la démocratie vénézuélienne », fut désigné président mais laissa bien vite sa place, en décembre 1947, au premier gouvernement démocratiquement élu de l’histoire du pays. Le gouvernement, mené par Acción Democrática, confirma Pérez Alfonzo dans le poste de ministre du Développement qu’il occupait depuis 1945. Le 12 novembre 1948, une loi sur le pétrole fut votée. Douze jours plus tard, les mêmes militaires qui leur avaient permis à d’accéder au pouvoir les en chassèrent. Pérez Alfonzo, considéré comme le cerveau du gouvernement, s’exila aux États-Unis, puis au Mexique.

Juan Pablo Pérez Alfonzo (1903-1979), juriste, politicien et diplomate vénézuélien, ministre des Mines et des Hydrocarbures (1959-1963), puis ministre du Développement (1945-1948), cofondateur de l’OPEP (1960).

Mais le mal était fait. Le partage à « 50/50 » obtenu – en façade seulement – par le Venezuela motiva tous les autres pays producteurs. Les Saoudiens ne s’en privèrent pas. Riyad demanda un traitement analogue en 1950, alors que Washington débarquait massivement des troupes en Corée. Partant, les États-Unis se montrèrent compréhensifs. Ils envoyèrent George McGhee, diplomate ayant fait fortune dans le pétrole et ayant épousé la fille d’Everette DeGolyer, négocier un accord 50/50. À dire vrai, même avec un tel partage et malgré les audibles protestations des majors, ces dernières restaient l’industrie la plus rentable qui soit. Seulement, lorsque McGhee suggéra aux majors d’accepter ces nouvelles règles du jeu, ces dernières proposèrent tout autre chose : la fameuse « astuce en or » (golden gimmick) consistant en ce que les revenus sur lesquels l’Aramco sera taxé en Arabie saoudite ne puissent l’être à nouveau aux États-Unis. En clair, les majors refusaient de voir leurs revenus baisser et souhaitaient donc que compenser la hausse des redevances accordés aux Saoudiens par un manque à gagner fiscal pour le gouvernement américain, ce qui revenait à impacter indirectement le contribuable américain pour sauvegarder les revenus d’entreprises privées. En 1949, l’Aramco versait 43 millions de dollars aux États-Unis et 39 millions à l’Arabie saoudite. En 1951, alors que la production était en croissance, l’Aramco paya 110 millions à l’Arabie saoudite et 6 millions aux États-Unis.

Ce tour de force fut possible grâce à la réinterprétation d’une loi fiscale sur les profits réalisés à l’étranger datant de 1918. C’était également une manière, pour les États-Unis, de soutenir un royaume devenu indispensable, sans pour cela devoir soumettre la question chaque année au Congrès américain (comprenant qui plus est de nombreux pro-israéliens). Cette « astuce en or », pensée pour favoriser l’industrie la plus profitable au monde au nom d’intérêts géostratégiques, devint alors progressivement la norme : toutes les multinationales occidentales se mirent à payer leurs impôts dans les pays où ils réalisaient leurs profits (et souvent là où ils prétendaient les réaliser, par des tours de passe-passe) afin d’échapper à l’imposition de leur pays d’origine, nettement plus élevée que celle de leur pays d’adoption. L’ingéniosité d’Aramco explique pourquoi aujourd’hui, le quart des entreprises du CAC40, dont Total, ne payent presque aucun impôt à l’Etat français. Consolons-nous : sans « l’astuce en or », toutes les multinationales auraient simplement installé leur siège dans les paradis fiscaux.

L’Empire britannique, en plein délitement, ne fut pas aussi astucieux. Ayant déjà perdu une bonne partie de son empire militaire et fiscal avec l’émancipation du Canada (1867), de l’Australie (1901), de la Nouvelle-Zélande (1907), de l’Afrique du Sud (1910), de l’Egypte (1922) et désormais l’indépendance de l’Inde (1947), Londres disposait encore de son empire commercial, notamment avec la création du Commonwealth (1926). Or, l’Anglo-Iranian Oil Company, appartenant à 51% au Royaume-Uni, demeurait la première société britannique et la première source de revenu outre-mer. Ayant cédé aux Américains partout ailleurs dans le Moyen-Orient, l’Iran restait le dernier bastion, celui qui vendait à la Royal Navy son pétrole à un prix bien en deçà du marché. À la fin des années 1940, l’Iran demeurait le troisième producteur mondial et le premier du Moyen-Orient, extrayant 40% du brut de la région. Or, les Iraniens n’avaient que peu apprécié le traitement réservé par le Royaume-Uni à son endroit durant le second conflit mondial. En 1941, le shah Reza Pahlavi avait refusé d’expulser des milliers d’Allemands, provoquant l’invasion anglo-soviétique du pays. Suite à quoi, le pétrole iranien avait approvisionné l’URSS. Mais il y avait pire : Churchill et Staline avaient donné leur aval à la réquisition des récoltes dans le nord du pays, provoquant des famines afin de nourrir les troupes. Le souverain fut exilé en 1941 jusqu’à sa mort (1944). Londres plaça sur le trône le fils de Reza Pahlavi : Mohammed Reza Pahlavi. Celui-ci resta sa vie durant craintif des manœuvres britanniques.

Mohammed Reza Pahlavi (1919-1980), shah d’Iran (1941-1979).

Pour les Iraniens, la réputation ternie du Royaume-Uni ne fut pas relevée par l’Anglo-Iranian Oil Company. Celle-ci embauchait 2 000 salariés britanniques traités avec égards et des dizaines de milliers d’Iraniens mal payés, sans congés, sans aide, vivant dans des conditions déplorables, dans des bidonvilles sans eau courante ou électricité. De quoi entretenir une haine irascible. Si Churchill fit miroiter en 1943 à l’Iran la promesse du rétablissement de sa souveraineté après la fin de la guerre, un projet de partage du pays entre le Royaume-Uni, l’URSS et les États-Unis, rendu public en novembre 1944 n’améliora pas les choses. Les nationalistes se firent de plus en plus nombreux et l’un d’entre eux, Mohammed Mossadegh, riche aristocrate, proposa une loi contre la négociation avec les Occidentaux vis-à-vis du pétrole. Pourtant, l’Anglo-Iranian Oil Company ne voulut rien entendre, qu’importe les judicieux conseils des Américains. Entre 1945 et 1950, l’Anglo-Iranian dégagea 250 millions de livres de profits et versa 90 millions en redevances à l’Iran. En 1949, l’Anglo-Iranian fit une proposition favorable à une meilleure répartition des profits mais le shah osa à peine la présenter au Majlis (parlement), tellement les nationalistes y étaient déchaînés. En juin, la commission parlementaire du pétrole de Mossadegh rejeta la proposition puis appela à la nationalisation de l’entreprise.

Mohammed Mossadegh (1882-1967), homme d’Etat iranien, ministre des Finances (1921-1922), ministre des Affaires étrangères (1923), dirigeant du Front National Iranien (1949-1967), ministre de la Défense Nationale (1952-1953) et Premier ministre d’Iran (1951-1952 puis 1952-1953).

L’offre d’un partage 50/50 en 1950 vint trop tardivement : les nationalistes ne pensaient désormais qu’à nationaliser. Le 3 mars 1951, le Premier ministre du shah, le général Ali Razmara, après une longue hésitation, rappela au parlement qu’il était illégal d’annuler les concessions concédées à l’Anglo-Iranian. Cinq jours plus tard, cet ancien chef d’état-major Saint-Cyrien fut assassiné. Le lendemain, le 9, la nationalisation fut prononcée au parlement. Le 20, la Chambre haute approuva. Le shah refusa d’appliquer la décision. Le 28 avril, après des semaines de grèves et de loi martiale, Mossadegh fut nommé chef du gouvernement par le Parlement. Il était le premier à ne pas être imposé par le shah. Le 2 mai, ce dernier accepta la nationalisation de l’Anglo-Iranian. Londres imposa alors instamment un embargo. Clement Athlee, Premier ministre britannique, fit savoir à Washington que le Royaume-Uni avait préparé un plan d’invasion de l’Iran. Truman refusa catégoriquement de soutenir ce projet, poussant Athlee à admettre que « compte tenu de l’attitude du gouvernement des États-Unis, [il] ne pense pas qu’il serait opportun d’utiliser la force […] ». La puissance était désormais outre-Atlantique. En octobre 1951, l’Empire britannique rapatria les siens d’Iran, signant son arrêt de mort politique.

Mossadegh fut chaleureusement accueilli aux États-Unis pour plaider sa cause, fin 1951. McGhee parvint à négocier un possible compromis que Londres rejeta avec mépris. En 1952, le Royaume-Uni tenait son embargo, mais ne pouvait rien tenter sans le soutien américain. Washington, bien que non hostile et plutôt amical avec Mossadegh, respecta l’embargo. Si bien que l’Iran commença à suffoquer. Avec l’arrivée du président républicain Eisenhower à la Maison-Blanche en janvier 1953, l’attitude américaine changea radicalement. Partisan d’une politique étrangère plus agressive, Eisenhower confia le portefeuille à John Foster et celui de la CIA à son frère cadet Allen Dulles. Les deux frères, avocats associés d’un des principaux cabinet new-yorkais, Sullivan & Cromwell, ayant bien servi les Rockefeller, mirent sur pied l’opération « Ajax ». En coopération avec le MI6, la CIA cherchait à renverser un Mossadegh qu’on suspectait de tendre à la dictature et qu’on estimait trop proche du Tudeh, le parti communiste iranien. Une Iran communiste aurait renforcé l’URSS, qui aurait profité des ressources pétrolières et aurait pu convaincre d’autres pays du Moyen-Orient.

Dwight Eisenhower (1890-1969), militaire et homme d’Etat américain, commandant en chef des Forces Expéditionnaires Alliées (1943-1945), chef d’état-major (1945-1948), commandant suprême des forces alliées en Europe (1951-1952) puis 34e président des Etats-Unis (1953-1961).

Eisenhower et Churchill s’accordèrent pour éviter à la démocratie iranienne une dictature communiste en lui imposant une dictature occidentale. La mort de Staline en mars 1953 semblait être une occasion unique. L’opération fut menée, sur place, par Kermit Roosevelt, dit Kim, cousin de Franklin Roosevelt et petit-fils de Théodore Roosevelt. Celui-ci eut le plus grand mal à faire signer par le shah deux firmans (décrets impériaux) pour renverser Mossadegh. Le 4 août, un référendum donna à Mossadegh la possibilité de dissoudre la Majlis, mais cette prérogative avait été obtenue avec une parodie de démocratie : le oui l’ayant emporté avec 99% des voix. Le chaos suivit dans le pays et la CIA attisa les flammes. Mossadegh échappa pourtant à l’arrestation échafaudée par la CIA : le coup avait échoué. Mais Kim Roosevelt n’était pas homme à abandonner. Il fit distribuer dans les quartiers populaires des copies des firmans signés par le shah tandis que la CIA paya des émeutiers pour qu’ils saccagent le centre de Téhéran au nom de Mossadegh et des communistes. Le lendemain, 19 août, des manifestants, largement payés par la CIA, clamèrent « Longue vie au shah ! » et « Mort à Mossadegh ! » Les tanks Sherman américains de l’armée du shah encerclèrent la maison de Mossadegh et la bataille s’engagea. Mossadegh parvint à s’enfuir mais se rendit le lendemain. Revenant de Rome, le shah reprit le pouvoir avec pour Premier ministre le général Zahedi. Mossadegh fut condamné à mort puis finalement emprisonné et enfin placé en résidence surveillée, où il décéda le 5 mars 1967.

Mossadegh serait sans doute tombé sans l’aide des Occidentaux, du fait de sa manière de gouverner. Mais la CIA préféra accélérer les choses et substituer à ce régime démocratique celui, autoritaire, du shah. Cette dictature du shah allait s’avérer sanglante, jusqu’à sa chute en 1979. Pendant longtemps, le rôle de Washington, dans ce coup d’Etat, resta caché. En 1979, la révolution islamique demanda immédiatement des excuses des États-Unis pour le renversement de Mossadegh. Ce n’est finalement qu’en 2009 que le président Obama reconnut l’implication américaine dans le coup de 1953 ; reconnaissance qui se voulait alors en geste d’apaisement avec la République islamique d’Iran. Le 29 octobre 1954, le shah signa un accord sur le pétrole iranien. Si la compagnie pétrolière nationale fondée par Mossadegh perdura, ce fut à un consortium de compagnies occidentales que fut confiée la tâche d’acheter et commercialiser le pétrole iranien, c’est-à-dire un contrôle total. Les Britanniques durent se contenter de 40% des parts du consortium et l’Anglo-Iranian disparut au profit de l’entreprise qui s’occupa de commercialiser le pétrole de cette dernière aux Royaume-Uni : British Petroleum (BP). Les majors américaines prirent également 40% avec les quatre majors déjà associées dans l’Aramco (Jersey, SoCal, Socony, Texaco), auxquelles s’ajoutaient Gulf Oil (cinquième major américaine) et 9 autres « petits » producteurs américains. La Shell s’arrogea 14%, tandis que la CFP n’arracha que 6%. Rare furent ceux qui virent que les États-Unis avaient tiré les ficelles du coup. De la même manière, Washington fut la seule à sortir victorieuse de la crise du canal de Suez en 1956.

Pourtant, cette affaire de Suez commença par un refus catégorique des États-Unis de laisser la Banque mondiale prêter au colonel Nasser les fonds nécessaires à la construction du barrage d’Assouan en Egypte. James Foster Dulles, dirigeant la diplomatie américaine, avait refusé ce prêt car jugeant Nasser trop proche des communistes, celui-ci ayant commandé des armes tchécoslovaques en 1955. En réaction au refus de prêt, Gamal Abdel Nasser annonça la nationalisation du canal de Suez le 26 juillet 1956. Londres et Paris ne pouvaient l’accepter. Deux tiers des navires empruntant le canal étaient des pétroliers dont le Royaume-Uni et la France dépendaient. Alors les deux puissances occidentales s’entendirent avec Israël pour monter une opération. Le 29 octobre, les Israéliens s’emparèrent de Gaza, du Sinaï et se dirigèrent vers le canal. Comme prévu, Londres et Paris lancèrent un ultimatum demandant à ce que Egyptiens et Israéliens se retirent du canal de Suez. Nasser refusa. Alors, le 31, les aérodromes égyptiens furent écrasés par les bombardements franco-britanniques. Le 5 novembre, des parachutistes français sautèrent à proximité du canal, rejoints le lendemain par les commandos de la Royal Navy. Les Egyptiens reculèrent, laissant le canal aux Franco-britanniques. Mais la victoire militaire fut un échec diplomatique retentissant : l’URSS menaça d’envoyer des troupes, puis les Syriens, solidaires de l’Egypte, sabotèrent l’oléoduc approvisionnant l’Europe en pétrole. Menacés de pénurie, la France et le Royaume-Uni se tournèrent vers leur allié outre-Atlantique. Eisenhower refusa d’approvisionner les Franco-britanniques, incita même l’Arabie saoudite à s’associer à l’embargo, puis ordonna au Fonds monétaire international de refuser le prêt d’urgence demandé par le Royaume-Uni destiné à acheminer du pétrole par le cap de Bonne-Espérance. Le 15 décembre, les Franco-britanniques se retirèrent de Suez. Washington, en ayant trahi ses alliés européens, s’assura un grand prestige auprès du monde arabe.

Gamal Abdel Nasser (1918-1970), homme d’Etat égyptien, Président du Conseil de commandement révolutionnaire de la république d’Égypte – chef d’Etat de facto – (1954-1956), Premier ministre d’Egypte (1954-1962, puis 1967-1970) et  2e président de la République arabe unie d’Egypte (1956-1970).

Pendant ce temps, l’URSS ne demeurait pas inactive. La « Grande guerre patriotique » de 1941-1945 contre l’Allemagne nazie lui avait coûté des millions de vies mais également ses puits du Caucase. Bakou, incapable de redémarrer la production, s’éteignit progressivement et se tourna vers la seule activité de raffinage. Pourtant, en 1947, un scientifique soviétique remarqua des pierres enduites de pétrole remontant des eaux de la Caspienne. Seulement voilà, il n’existait à cette époque aucune plateforme offshore. Personne n’avait jamais tenté de forer dans une mer. Les scientifiques soviétiques remarquant que ces pierres se trouvaient en un point relativement peu profond de la Caspienne, entreprirent en 1949 de créer une plateforme sur pilotis nommée Chornye Kamni (« Roc noir », puis renommée Neftianyé Kamni signifiant « roc Pétrole »), aussi nommé Oil Rocks en anglais. Cette Venise du pétrole abrita de nombreux travailleurs et extirpa du pétrole avec succès dès 1951. Les Etats-Unis furent bien entendu intrigués par cette innovation. La CIA se pencha sur le sujet en 1955, alors que la première plateforme offshore produisait 14 millions de barils par an.

Ceci étant, l’embargo imposé par Washington sur Moscou depuis 1948 impactait le secteur pétrolier soviétique. L’URSS avait besoin d’importer le matériel pour forer. Les réserves principales de la Caspienne se trouvant en eaux plus profondes, hors de portée de la technologie d’alors. Moscou n’essaya même pas de forer et s’intéressa davantage aux nouveaux champs découverts dans le bassin de la Volga et en Sibérie, plus faciles d’accès. L’URSS devint ainsi malgré tout une pétro-puissance mondiale dans les années 1960. Les Soviétiques utilisaient alors le « turbo-drill », une technique théorisée en 1922 par un savant russe consistant à attacher un moteur à la tête de la foreuse, descendant dans le puits, creusant avec plus d’efficacité et permettant de creuser dans plusieurs directions à la fois. Les Américains découvrirent la technique mais refusèrent avec hauteur de s’en inspirer. Ils le firent finalement trois décennies plus tard, reprenant surtout le fait de creuser dans plusieurs directions à la fois, dès lors nommé « directionnal drilling ».

En janvier 1958, Betancourt reprit le pouvoir qu’il avait laissé une décennie auparavant au Venezuela. Avec lui revinrent Acción Democrática et Pérez Alfonzo. Ce dernier, devenu ministre du Pétrole, décida du partage de la manne pétrolière mais pas par un accord ou le versement de redevances. Pérez Alfonzo augmenta la taxe exigée des pétroliers, ce qui rapporta plus au gouvernement qu’une nationalisation. Pour autant, les compagnies américaines s’en sortaient bien.

Sources (texte) :

Auzanneau, Matthieu (2021). Or noir, la grande histoire du pétrole. Paris : La Découverte, 890p.

LeVine, Steve (2007). The Oil and the Glory, the pursuit of empire and fortune on the Caspian Sea. New York : Random House, Inc., 472p.

Sources (images) :

https://en.wikipedia.org/wiki/Juan_Pablo_P%C3%A9rez_Alfonzo (Alfonzo)

https://fr.wikipedia.org/wiki/Mohammad_Reza_Pahlavi (Reza Pahlavi)

https://fr.wikipedia.org/wiki/Mohammad_Mossadegh (Mossadegh)

https://fr.wikipedia.org/wiki/Dwight_D._Eisenhower (Eisenhower)

https://fr.wikipedia.org/wiki/Gamal_Abdel_Nasser (Nasser)

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