Brièvement : le règne de Louis XIV (2/2), du zénith au crépuscule (1678-1715).

Brièvement : le règne de Louis XIV (2/2), du zénith au crépuscule (1678-1715).

A bien des égards, la vie amoureuse de Louis XIV se construisit en miroir de l’évolution de son règne. On peut diviser le règne de Louis XIV en trois parties selon ses amours. Après Mancini, obsession de jeunesse, la première maîtresse d’importance fut Mlle de la Vallière. Elle était la jeunesse, la tendresse. Mlle de la Vallière fut la favorite de 1661 à 1666 et donna au moins cinq enfants au roi (deux survécurent). Vint ensuite l’époque Montespan, temps des plaisirs, de la frénésie sensuelle mais aussi de la gloire militaire. Le roi et la nouvelle favorite partageaient le goût du fast et de la grandeur. Mme de Montespan fut la favorite de 1666 à 1680 et lui donna sept enfants. La troisième phase fut celle de Mme de Maintenon, la sagesse et la modération, qui occupa le devant de la scène durant l’automne et l’hiver du règne de Louis XIV. Elle fut la favorite de 1680 à 1715, donc jusqu’à la mort du roi. La reine, Marie-Thérèse, intéressa peu le roi, bien que lui donnant six enfants (dont un seul atteignit l’âge adulte), puis elle mourut en 1683. Qu’importe leur caractère, le roi ne toléra aucune influence véritable de ses maîtresses sur sa politique. En 1678, malgré la gloire que lui rapporta le traité de Nimègue, il ne comptait pas s’en tenir là.

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Françoise-Athénaïs de Rochechouart de Mortemart (1640-1707), marquise de Montespan, favorite de Louis XIV de 1667 à 1681.
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Françoise d’Aubigné (1635-1719), marquise de Maintenon, épouse secrète de Louis XIV (1683-1715).

Louis XIV chercha à consolider ses frontières par des annexions. Pour les justifier, le Roi-Soleil fit appel à des juristes et profita des clauses floues des traités de paix précédents ainsi que les zones d’ombre du droit féodal. Cette politique, dite des « Réunions », permit l’annexion de plusieurs territoires en 1679-1680, inquiétant d’autant plus l’Europe et irritant particulièrement plusieurs Etats. En 1681, estimant Strasbourg non neutre, Louis XIV annexa la ville libre du Saint Empire. Il s’empara le même jour de Casal sur le Pô en Italie. Sa dernière lubie fut d’annexer Luxembourg. La France profita de l’offensive ottomane sur Vienne en 1683 pour agir. L’Espagne, dont Luxembourg était la propriété, déclara la guerre à la France (1683-1684). Cependant, Madrid ne pouvait compter sur l’appui du reste de l’Europe, trop occupé à repousser les Ottomans à l’Est. Seule contre la première puissance militaire d’Europe, l’Espagne habsbourgeoise ne tint pas et capitula en 1684. Défiant tous les pronostics de Louis XIV, le siège ottoman sur Vienne fut très rapidement levé et les forces d’invasion repoussées. L’Europe, craignant la France et amer de la récente politique des Réunions, multiplia les alliances. Guillaume d’Orange, qui, à la tête des Provinces-Unies, n’avait cessé de s’opposer à la France, fut un important rouage des alliances antifrançaises. Sa tâche fut facilitée par la soudaine révocation de l’édit de Nantes, décidée par le roi de France en 1685.

Déjà diminuées en 1629 par Louis XIII et Richelieu, les forces vives du protestantisme en France furent frappées de restrictions de plus en plus sévères sous le règne de Louis XIV, en particulier après la fin de la paix de l’Eglise (1668-1680). Fort du traité de Nimègue (1678) et confronté au pape Innocent XI, le Roi-Soleil préféra donner des gages à l’Eglise gallicane en entamant une politique antiprotestante virulente : aux multiples actes royaux coercitifs entre 1680 et 1685 s’adjoignirent les dragonnades (l’obligation pour les protestants de loger une soldatesque qui pillait et rudoyait ses hôtes). En somme, le protestantisme étant déjà à bout de souffle, il n’était nullement nécessaire de révoquer l’édit de Nantes. Pourtant, l’Eglise, Le Tellier, Louvois et d’autres poussèrent le roi à le faire. Perçu aujourd’hui comme l’une des erreurs du règne de Louis XIV, la révocation provoqua certes la fuite de quelque 200 000 protestants (1% de la population française), véritable fuite de cerveaux. Mais les effets positifs ne sont pas à sous-estimer pour autant : la décision du roi fut célébrée par la vaste majorité des Français et des coreligionnaires catholiques, garantissant la fidélité du peuple et du clergé dans les deux épuisantes, onéreuses et peu glorieuses dernières guerres du règne de Louis XIV.

Edit de Fontainebleau, 18 octobre 1685.
Carte de l’émigration des huguenots après la révocation de l’édit de Nantes. Musée virtuel du protestantisme.

Entre la politique des Réunions (1679-1684) et le déclenchement de la guerre de la Ligue d’Augsbourg (1688-1697), les turbulences géopolitiques furent nombreuses. Depuis l’échec des Ottomans devant Vienne (1683), ceux-ci n’avaient de cesse de reculer face à l’Autriche. Léopold Ier gagnait également du terrain sur les insurgés hongrois. Ces deux problèmes maîtrisés, l’Empereur comptait bien s’en retourner ensuite vers le Rhin et la France pour répondre aux ambitions territoriales de cette dernière, raison pour laquelle il refusait obstinément de faire de la trêve de Ratisbonne (1684) une paix pérenne. En parallèle, deux successions en terres allemandes (Palatinat en 1685 et Cologne en 1688) virent les candidats francophiles refusés par l’Europe. Versailles perdait son influence en Europe centrale, où se multipliaient les traités antifrançais : les alliances suédo-hollandaise, suédo-brandebourgeoise et austro-brandebourgeoise, puis la ligue d’Augsbourg (juillet 1686) composée de l’Autriche, l’Espagne (pour le cercle de Bourgogne), la Suède (pour ses possessions germaniques), la Bavière et le cercle de Franconie, bientôt rejoints par le cercle du Haut-Rhin, le Palatinat et le Holstein-Gottorp. En Angleterre, si Charles II s’était enfin converti au catholicisme, c’était sur son lit de mort (1685). Son frère Jacques II, catholique assumé, lui succéda. Son intronisation ne fut pas contestée car il avait 51 ans et aucun descendant mâle ; à sa succession viendrait alors sa fille Mary Stuart, protestante et mariée à Guillaume d’Orange, stadhouder des Provinces-Unies. Ainsi, le roi catholique ne serait qu’une anomalie temporaire avant le retour de l’anglicanisme. Pourtant, Jacques II mit en place des mesures pour donner des postes clefs à la minorité catholique et eut surtout un fils en 1688. L’anomalie catholique temporaire pouvait désormais devenir une réalité perpétuelle : l’aristocratie anglicane fit appel à Guillaume d’Orange et son épouse. Malgré les menaces de Louis XIV, Guillaume débarqua en Angleterre et déposa Jacques II en décembre 1688 au terme d’une « Glorious Revolution » sans effusion de sang ; Guillaume fut proclamé roi. Entre temps, Louis XIV, pensant que la révolution en Angleterre allait durer, immobilisant tant l’Angleterre que les Provinces-Unies, lança un ultimatum et occupa des places en Allemagne dès septembre 1688, débutant de facto la guerre.

Guillaume III d’Orange-Nassau (1650-1702), stathouder des Provinces-Unies (1672-1702) et roi d’Angleterre, d’Ecosse et d’Irlande (1689-1702).

Lançant ses hommes vers le Palatinat fin 1688, Louis XIV opta pour la politique de la terre brûlée, suivant les conseils de Chamlay et Louvois, dans l’espoir de se constituer un glacis protégeant la frontière Est de la France. Ce faisant, l’armée française procéda au sac du Palatinat qui scandalisa l’Europe et, loin de terroriser les Etats allemands, les poussa à s’allier avec l’Empereur pour entrer en guerre. Oubliant les différends religieux d’autrefois, les 2/3 de l’Europe décidèrent d’une guerre contre le Roi-Soleil. La guerre de la Ligue d’Augsbourg (1689-1697), dite également guerre de Neuf Ans, débuta par des campagnes militaires en Allemagne et dans les Flandres. La Savoie en profita pour attaquer la France également. La France, première puissance militaire terrestre comme maritime d’Europe, fit face en Flandre, sur le Rhin, en Savoie et dans les Pyrénées tout en soutenant un débarquement de Jacques II Stuart en Irlande catholique. Ce dernier échoua à reprendre le trône qu’il avait abandonné à Guillaume III d’Angleterre durant la Glorieuse Révolution.

Le sac du Palatinat (ou second ravage du Palatinat) par l’armée française (novembre 1688-juin 1689).

Pendant ce temps, l’amiral Tourville emporta sur la coalition la plus belle victoire navale française du siècle au Cap Béveziers en juillet 1690. Isolée, la France tenait pour le moment la dragée haute à ses adversaires. Mais Louis XIV perdit en une décennie ce qui fut sans doute la meilleure équipe ministérielle de la France d’Ancien Régime, avec les décès successifs de Colbert (1683), Le Tellier (1685), Seignelay (1690) puis Louvois (1691).

Anne Hilarion de Costentin, comte de Tourville (1642-1701), vice-amiral et maréchal de France.
Jean-Baptiste Colbert (1651-1690), marquis de Seignelay, fils du ministre Colbert et secrétaire d’Etat à la Marine à sa suite (1683-1690).

Durant les années de guerre suivantes, le sort des armes fut tour à tour favorable ou défavorable à la France. Mais qu’importe, une catastrophe sans commune mesure toucha la France en 1693-1694 : des perturbations climatiques. Ces dernières étaient la conséquence du « petit âge glaciaire » s’étendant de 1645 à 1715 et toucha particulièrement la production française en 1693 et 1694. La première année, la France vécut sur ses réserves. En 1694, la situation devint intenable. En deux ans, le royaume de Louis XIV, peuplé de quelque 22.4 millions d’âmes, déplora 1.3 millions de morts du fait de ces perturbations. Aucune hécatombe démographique depuis lors, en trois siècles, ne dépassa celle-ci en France. Les guerres de la Révolution et de l’Empire, la guerre de 1870, celle de 1939-1945, firent toutes moins de morts en France que les années 1693-1694. Seule la Première Guerre mondiale fit légèrement plus de morts (1.4 million de morts) mais ce fut sur quatre ans au lieu de deux et sur une population deux fois plus nombreuse (40 millions d’habitants). Ce paramètre est une clef de compréhension du conflit. A la suite de la défaite navale de La Hougue (1692) et de la crise frumentaire de 1693-1694, la France se détourna de la guerre d’escadres, lui préférant la guerre de course (contre les marchandises), notamment au moyen de corsaires comme Jean Bart.

Jean Bart (1640-1702), corsaire français anobli par Louis XIV

Louis XIV chercha la paix dès les débuts de la guerre en 1689. Confronté à l’obstination de ses adversaires, le Roi-Soleil décida de faire flancher ce qui semblait être le maillon faible de la Ligue d’Augsbourg : Victor-Amédée II de Savoie. Or, celui-ci craignait désormais plus l’Autriche que la France et était donc disposé à mettre fin aux hostilités, ce qui fut fait en juin 1696. L’Espagne et l’Empire furent contraints de reconnaitre une suspension d’armes. Alors, l’Angleterre et les Provinces-Unies, se sentant trahies et voyant leur système bancaire respectif à bout de souffle, malgré leur robustesse, acceptèrent de traiter en 1697. Louis XIV accorda concession sur concession, si bien que la paix de Ryswick fut signée la même année, en septembre. Il convient ici de se demander pourquoi la France, qui avait gagné la guerre, perdit ainsi la paix. Si Louis XIV s’était montré si généreux malgré ses victoires et l’épuisement de ses adversaires, c’est qu’un enjeu autrement plus important nécessitait de pouvoir jouer librement de diplomatie : Charles II d’Espagne, qui avait défié tous les pronostics de longévité compte tenu de sa génétique, était désormais réellement à l’article de la mort. L’enjeu était l’héritage de l’immense empire espagnol.

Traité de Ryswick (20 septembre – 30 octobre 1697).

En attendant, dans le court intermède pacifique s’étendant de fin 1697 à 1701, la France connut quelques mutations internes. La plus importante fut celle de la position du roi : après une phase de ministériat (Mazarin) durant laquelle le roi ne gouvernait pas, jusqu’en 1661, puis la phase des clans rivaux, durant laquelle Louis XIV régnait mais maintenait surtout l’équilibre entre les dynasties ministérielles des Le Tellier et des Colbert, vint la troisième et dernière phase en 1691, celle du règne personnel effectif du Roi-Soleil. De 1691 à sa mort, Louis XIV décida de tout et nomma des ministres de qualité mais sur lesquels il avait un clair ascendant. Cette ultime phase coïncida avec la fin du « roi de guerre », Louis XIV ne montant plus au front après 1693. Pour financer la guerre, un nouvel impôt taxant toute la population, la capitation, fut mis en place en 1695. En parallèle, Louis XIV décida également de rendre les écoles obligatoires dans les paroisses (1695). Enfin, Louis XIV donna pour précepteur de son petit-fils le théologien Fénelon, un choix éminemment contraire car ce dernier était farouchement opposé à la monarchie absolue et défaitiste.

L’Europe suite à la paix de Ryswick, vers 1700.

Restait la question espagnole. Bien que Charles II soit encore en vie, les puissances européennes firent des tractations pour anticiper sa mort. Le fils de Louis XIV avait la meilleure légitimité, du fait de sa mère et de sa grand-mère ; mais l’archiduc d’Autriche disposait lui aussi de solides arguments. C’est alors que le principal concerné, le roi d’Espagne, non consulté, donna la totalité de son empire en héritage à Philippe, le petit-fils de Louis XIV, juste avant de mourir en novembre 1700. Le testament avait de quoi surprendre : Charles II, un Habsbourg d’Espagne, préférait faire hériter un Bourbon, dynastie qu’il n’avait eu de cesse d’affronter, plutôt qu’un Habsbourg d’Autriche. C’est que Charles II le savait, seule la France pouvait soutenir une guerre contre toute l’Europe et maintenir l’intégrité du territoire espagnol. Or, il ne voulait pas que son empire soit dépecé. Partant, à défaut d’être dynastique, le choix était logique et relevait de l’intérêt national. Charles II avait néanmoins choisi le second petit-fils de Louis-XIV, pour éviter un rassemblement des deux couronnes. Louis XIV accepta le testament et Torcy justifia si bien ce choix que les nations européennes étaient prêtes à l’entériner sans guerre. Mais le roi de France commit plusieurs erreurs : il clama le maintien de Philippe dans la succession à la couronne de France, fit occuper la « Barrière » des Pays-Bas espagnols, en chassant les garnisons hollandaises, poussa son petit-fils à lui accorder de suite l’asiento (droit de commercer des esclaves avec l’Empire espagnol), lésant les marchands anglais, avant de reconnaître comme légitime roi d’Angleterre le fils du prétendant Jacques II, qui venait de décéder (septembre 1701), au détriment de Guillaume III. La première et la dernière erreur étaient le fait d’un respect inconditionnel de Louis XIV en les lois de succession divinement sanctionnées. Ces erreurs n’en déclenchèrent pas moins la dernière guerre de son règne : celle de la Succession d’Espagne.

Charles II Habsbourg (1661-1700), roi des Espagnes, de Naples, de Sicile, des Pays-Bas espagnols et de Sardaigne (1665-1700).
Jean-Baptiste Colbert de Torcy (1665-1746), diplomate français à partir de 1689 puis secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères (1696-1700) et enfin ministre des Affaires étrangères (1700-1715).

Les Etats allemands choisirent le camp de l’Empereur, ne pouvant s’associer à une France puissante et ayant maintes fois montré son opposition au protestantisme. Guillaume III, déjà un pied dans la tombe, utilisa ses dernières forces pour former une alliance européenne antifrançaise. Il fut suivi par les marchands qui comprenaient qu’une France disposant de l’asiento serait trop puissante ; tandis que les Provinces-Unies poussaient à la guerre également depuis que Louis XIV avait chassé les Hollandais de leur « Barrière » des Pays-Bas espagnols. Finalement, l’opinion publique anglaise se rangea du côté de Guillaume III lorsque Louis XIV reconnut le catholique Jacques III comme roi légitime d’Angleterre. Léopold Ier, enfin libéré du conflit avec les Ottomans (depuis 1699), favorisa les princes puissants en Allemagne pour monter une coalition antifrançaise : il fit du prince du Hanovre le 9e électeur à la Diète, et du prince de Brandebourg le roi de Prusse, tandis que celui de Saxe était devenu roi de Pologne. La France et l’Espagne étaient isolées mais en position centrale, la France pouvant intervenir pour protéger tous les morceaux d’empire espagnol en Europe et ces morceaux d’empire formant un glacis protecteur pour la France, chaque fois. La France fournit à une Espagne en ruines, qui n’avait ni armée, ni marine, ni recettes fiscales, des cadres civils et militaires pour relever le pays. Enfin, la France restait le pays capable d’aligner le plus d’hommes sur le champ de bataille.

Malgré quelques belles victoires et bien que réussissant à tenir la ligne de front, la France connut au début ce conflit d’importants revers : Blenheim en 1704, Turin et Ramillies en 1706. Marlborough et Eugène de Savoie, deux excellents généraux des coalisés, étaient à l’origine de ces succès, aidés par des généraux français incompétents. En parallèle, la révolte des Camisards, un soulèvement protestant dans le sud de la France, débuta en 1703. Dès 1705, les Alliés formulèrent la doctrine du « no peace without Spain », sous entendant qu’ils ne feraient pas la paix sans obtenir gain de cause quant au trône madrilène. En 1706, celui-ci échappa un temps au Bourbon Philippe V au profit du prétendant autrichien Charles III de Habsbourg. Pourtant, Philippe refusa de fuir le pays et reprit Madrid fin 1706, gagnant le cœur des Espagnols. Si la situation française n’était pas très réjouissante en cette fin d’année, Louis XIV restait positif, car c’était rendre probable une victoire qui donnerait tout l’héritage espagnol aux Habsbourg d’Autriche, issue que ne pouvaient accepter les puissances maritimes. Il y avait peut-être là matière à négocier. Mais les tentatives françaises vers la paix échouèrent devant des Alliés bellicistes.

John Churchill (1650-1722), 1er duc de Marlborough, général et homme politique anglais.
Eugène de Savoie-Carignan (1663-1736), commandant en chef des armées impériales.

La guerre grevait les finances de la France, qui n’avait pas le système bancaire des puissances maritimes. Mais en plus des affres de la guerre, l’Europe et en particulier la France souffrit du Grand Hiver qui terrassa plus de 600 000 Français en 1709-710. Relativement moins dévastateur que les ravages de 1693, ce phénomène climatique amena toutefois Louis XIV à rechercher avec acharnement, quitte à l’obtenir avec des conditions très défavorables. En sus de concessions humiliantes – que le Roi-Soleil accepta -, les Alliés exigèrent que le roi de France tourne ses armes contre son petit-fils Philippe V. Écœuré, Louis XIV refusa et publia pour ses sujets une lettre le 12 juin 1709, chose inédite, afin d’expliquer qu’une paix était pour le moment impossible malgré ses efforts en ce sens, du fait du manque de mesure des ennemis de la France. Cette lettre favorisa le patriotisme. En parallèle, la guerre continua : Villars, désormais à la tête de l’armée française sur le front de Flandre, disposait d’hommes mal nourris et manquait d’argent. En face, Marlborough et Eugène de Savoie s’emparèrent – non sans mal – de Tournai. Entre les Alliés et Paris ne se dressait alors plus que Villars et Boufflers. Ceux-ci affrontèrent les coalisés durant la bataille de Malplaquet le 11 septembre 1709. Les Français firent payer si cher leur victoire aux coalisés que celle-ci ne pouvait qu’être qualifiée de victoire à la Pyrrhus. En conséquence, les coalisés, bien que victorieux, arrêtèrent là leur campagne et les adversaires politiques de Marlborough salirent sa réputation. Pendant ce temps, les Franco-espagnols progressèrent en Espagne ; après quoi, les troupes françaises évacuèrent la péninsule ibérique : Louis XIV voulait négocier avec les Alliés.

Charles Louis Hector de Villars (1653-1734), maréchal et pair de France, secrétaire d’Etat à la Guerre et président du conseil de guerre (1715-1718).

En 1709, l’alliance antifrançaise commença à sérieusement se fissurer. La Grande-Bretagne et les Provinces-Unies s’entendirent pour s’accorder l’un l’autre divers avantages en prévision de la fin de la guerre, au détriment de la Prusse et de l’Autriche. Pourtant, en 1710, Louis XIV fit une ultime offre aux coalisés, acceptant toutes les conditions et même de financer une éventuelle poursuite de la guerre contre son petit-fils le roi d’Espagne, Philippe V. Le Roi-Soleil acceptait toutes les humiliations à l’exception d’une guerre directe avec son petit-fils. Les Alliés refusèrent cette main tendue, pourtant une victoire sur toute la ligne. Jamais plus Louis XIV ne ferait une offre aussi généreuse. Déçu à nouveau, le roi de France renouvela son assistance à son petit-fils qui mena, avec Vendôme, la reconquête de l’Espagne en 1710. Charles III ne pouvait alors plus espérer, à ce stade, qu’une intronisation par voie diplomatique. Or, l’empereur Joseph d’Autriche succomba à la maladie en 1711, passant la couronne à son frère… Charles. Devenu Charles VI du Saint Empire, le prétendant au trône d’Espagne n’était plus un choix acceptable pour les Alliés ; lui accorder l’Empire espagnol eu été ramener à la vie l’immense empire Habsbourg de Charles Quint. Philippe V devenait l’option raisonnable, quand bien même la mort du Grand Dauphin de France en 1711 le rapprocha de la couronne française. Sur le front de Flandres, les Alliés percèrent la seconde ligne de la ceinture de fer française mais ne s’aventurèrent pas plus loin. C’est que les discussions diplomatiques allaient bon train. Des accords franco-britanniques, en particulier, furent signés en 1711 : les préliminaires de Londres. Ces accords sauvegardaient surtout les intérêts de la Grande-Bretagne ; les autres puissances coalisées en furent scandalisées.

La guerre dans la péninsule ibérique (1710-1714), la reconquête franco-espagnole.
Philippe V d’Espagne (1683-1746), petit-fils de Louis XIV, héritier de la couronne de France (Bourbon) puis roi d’Espagne (1700-1746), Naples (1700-1707), Sardaigne (1700-1708), Sicile (1700-1713) et Luxembourg (1700-1713).
Louis-Joseph de Bourbon-Vendôme (1654-1712), dit « Grand Vendôme », duc de Vendôme (1669-1712), maréchal de France.

Par-delà les mers, les affrontements étaient nombreux. La guerre de course française s’avéra efficace, multipliant les prises et ravageant colonies britanniques comme hollandaises. En Amérique du Nord, 30 000 colons français mirent en échec 300 000 colons britanniques dans cette « guerre de la reine Anne » ; les Britanniques finirent par prendre Port Royal au prix fort, suite à quoi les Français bâtirent Louisbourg pour en annuler les bénéfices.

Carte des affrontements en Amérique du Nord, dite « Deuxième guerre intercoloniale » côté français ou bien « guerre de la reine Anne » côté britannique, de 1702 à 1713.

En Europe, une vague de décès dans la famille royale française, en 1711-1712, rapprocha dangereusement Philippe V du trône de France ; si bien qu’il dû y renoncer officiellement en 1712 pour rester un candidat moins effrayant au trône d’Espagne que Charles VI du Saint Empire. Les gestes et accords menèrent à la publication des « ordres restrictifs » de la reine Anne en mai 1712 : un retrait militaire britannique, dans les faits. En juillet, les soldats britanniques furent désengagés (suspension d’armes avec la France). L’armée britannique étant majoritairement composée de mercenaires, ceux-ci furent payés par les autres puissances. L’Alliance ne perdait donc pas tant des soldats qu’un grand financier. Les Provinces-Unies campaient seules ce rôle désormais, ce qui n’était pas tenable. Eugène de Savoie attaqua tout de même Landrecies pour faire tomber le pré carré français de Vauban en 1712. Villars, avec une armée en sous-nombre, sous-équipée, sous-nourrie, dernier rempart avant Paris, contre-attaqua par surprise et avec succès à Denain, en juillet 1712, puis prit plusieurs villes et rétablit définitivement le pré carré.

Anne Stuart (1665-1714), reine d’Angleterre, d’Ecosse et d’Irlande (1702-1707) puis de Grande-Bretagne et d’Irlande (1707-1714).

Un armistice entre la France, la Grande-Bretagne et l’Espagne fut signé le 21 août 1712. Le Portugal imita Londres en novembre. La paix d’Utrecht, finalement signée entre 1713 et 1714 selon les pays. Dresser le bilan de la guerre de succession d’Espagne, matériellement et humainement parlant, n’est pas chose aisée. Les armées furent d’une taille inédite, les affrontements furent majoritairement des sièges et un « blocage tactique », du fait de la logistique et du ravitaillement, limita l’ampleur des opérations. Pour autant, la guerre fit environ un million de morts et bouleversa le paysage géopolitique européen. La Prusse et la Savoie y gagnèrent une couronne, entamant les mouvements d’indépendance allemand et italien ; la France plaça un Bourbon en Espagne et entérina les conquêtes précédentes du règne de Louis XIV, mais cessa d’être la première puissance d’Europe et concéda à la Grande-Bretagne les clefs de la domination sur les mers, qui lui donnera un ascendant commercial majeur. Celle-ci, avec le couronnement de George de Hanovre, à la suite du décès de la reine Anne (1714), bouleversa un temps les priorités stratégiques britanniques. L’Autriche se trouva, pour sa part, lésée dans l’affaire (bien que gagnant les Pays-Bas espagnols, devenus « autrichiens »), tout comme les Provinces-Unies qui, ruinées, perdirent leur ascendant commercial à la Grande-Bretagne. En Europe, la balance entre les puissances devint la norme.

Europe en 1714.
Apports territoriaux en France métropolitaine sous Louis XIV.

Après la guerre de succession d’Espagne, Louis XIV passa le reste de son règne, soit une année, à préparer sa succession. À 76 ans, il avait compris que sa fin était proche. Du fait des malheurs que connut sa famille dans les années 1711-1714, sa lignée était très fragilisée. Le Roi-Soleil essaya donc de limiter le pouvoir de Philippe d’Orléans, futur régent, et donna à ses fils naturels mais illégitimes la distinction de prince du sang, qui leur était normalement inaccessible. Louis XIV, atteint d’une gangrène à la jambe, passa ses derniers jours à travailler et prier, ignorant la douleur. Il trépassa le 1er septembre 1715, quatre jours avant ses 77 ans, après avoir ceint la couronne pendant 72 ans, dont 54 ans de règne personnel.

Philippe II Bourbon (1674-1723), duc d’Orléans (1701-1723) et Régent du royaume de France (1715-1723).
Mort de Louis XIV, le 1er septembre 1715.

Sources (texte) :

Petitfils, Jean-Christian (1995). Louis XIV. Paris : Tempus Perrin, 785p.

Oury, Clément (2020). La guerre de succession d’Espagne, la fin tragique du Grand Siècle. Paris : Tallandier, 528p.

Lynn, John A. (1999). Les guerres de Louis XIV. Londres : Tempus Perrin, 568p.

Bluche, François (1986). Louis XIV. Paris : Fayard, 1040p.

Sous la direction de Drévillon, Hervé et Wieviorka, Olivier (2021). Histoire militaire de la France. Des Mérovingiens au Second Empire. Paris : Tempus Perrin, 1182p.

Sources (images) :

https://fr.wikipedia.org/wiki/Madame_de_Montespan (Mme de Montespan)

https://fr.wikipedia.org/wiki/Madame_de_Maintenon (Mme de Maintenon)

https://fr.wikipedia.org/wiki/Politique_des_R%C3%A9unions (carte des Réunions)

https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9vocation_de_l%27%C3%A9dit_de_Nantes (édit de Fontainebleau)

https://museeprotestant.org/de/notice/die-hugenottische-fluchtbewegung/ (carte des émigrations protestantes)

https://fr.wikipedia.org/wiki/Guillaume_III_d%27Orange-Nassau (Guillaume III)

https://www.photo12.com/fr/image/lzt16a27_092 (sac du Palatinat)

https://fr.wikipedia.org/wiki/Anne_Hilarion_de_Costentin_de_Tourville (Tourville)

https://fr.wikipedia.org/wiki/Jean-Baptiste_Colbert_de_Seignelay (Seignelay)

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https://en.wikipedia.org/wiki/Peace_of_Ryswick (paix de Ryswick et carte Europe vers 1700)

https://fr.wikipedia.org/wiki/Charles_II_(roi_d%27Espagne) (Charles II Habsbourg)

https://fr.wikipedia.org/wiki/Jean-Baptiste_Colbert_de_Torcy (Torcy)

https://fr.wikipedia.org/wiki/John_Churchill_(1er_duc_de_Marlborough) (Marlborough)

https://fr.wikipedia.org/wiki/Eug%C3%A8ne_de_Savoie-Carignan (Eugène de Savoie)

https://fr.wikipedia.org/wiki/Claude_Louis_Hector_de_Villars (Villars)

https://fr.wikipedia.org/wiki/Guerre_de_Succession_d%27Espagne (la guerre en Espagne)

https://fr.wikipedia.org/wiki/Philippe_V_(roi_d%27Espagne) (Philippe V)

https://fr.wikipedia.org/wiki/Louis-Joseph_de_Bourbon-Vend%C3%B4me (Vendôme)

https://fr.wikipedia.org/wiki/Deuxi%C3%A8me_guerre_intercoloniale (guerre en Amérique du Nord)

https://fr.wikipedia.org/wiki/Anne_(reine_de_Grande-Bretagne) (reine Anne)

https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Europe,_1714.png (Europe en 1714)

https://fr.wikipedia.org/wiki/Philippe_d%27Orl%C3%A9ans_(1674-1723) (Philippe d’Orléans)

https://fr.wikipedia.org/wiki/Mort_de_Louis_XIV (mort de Louis XIV)

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Figures historiques principales en France :

­Louis XIV Bourbon – le Roi-Soleil (1638-1715, r. 1643-1715) : roi de France.

Anne d’Autriche (1601-1666, r. 1615-1643) : reine de France, épouse de Louis XIII, mère de Louis XIV, régente durant sa minorité (1643-1651).

Philippe V Bourbon (1683-1746) : petit-fils de Louis XIV, héritier de la couronne de France (Bourbon) puis roi d’Espagne (1700-1746), Naples (1700-1707), Sardaigne (1700-1708), Sicile (1700-1713) et Luxembourg (1700-1713).

Jules Mazarin (1596-1661) : cardinal (1641-1661), principal ministre du royaume de France (1643-1661) et prince-évêque de Metz (1652-1658).

Louis II « Grand » Condé (1621-1686) : premier prince du sang français, pair de France, Grand Maître de France, duc d’Enghien, duc de Bourbon, prince de Condé (1646-1686).

Henri de la Tour d’Auvergne, dit « Turenne » (1611-1675) : maréchal de France puis maréchal général des armées du roi, vicomte de Turenne.

Jean-Baptiste Colbert (1619-1683) : principal ministre d’Etat (1661-1683), surintendant des Postes (1661-1683), surintendant des Bâtiments, arts et manufactures (1664-1683), direction des haras royaux (1665-1683), contrôleur général des Finances (1665-1683), secrétaire d’Etat de la Maison du Roi (1669-1683), secrétaire d’Etat à la Marine (1669-1683), grand maître des Mines et Minières de France (1670-1683), surintendant des Eaux et Forêts (1671-1683), membre du Conseil d’en haut et conseiller d’Etat.

Michel Le Tellier (1603-1685) : marquis de Barbezieux, seigneur de Chaville, d’Etang et de Viroflay, conseiller d’État au Grand Conseil en 1624, procureur du roi au Châtelet de Paris en 1631, maître des requêtes en 1639, secrétaire d’Etat de la Guerre (1643-1651 / 1651-1677), chancelier de France (1677-1685), membre du Conseil d’en haut.

François Michel Le Tellier, marquis de Louvois (1641-1691) : secrétaire d’Etat des Affaires étrangères (1671-1672), secrétaire d’Etat de la Guerre (1677-1691), surintendant des Bâtiments (1683-1691), secrétaire d’Etat de la Maison du Roi (1683-1691), principal ministre d’Etat (1683-1691).

Jean-Baptiste Colbert, marquis de Seignelay (1651-1690) : secrétaire d’Etat à la Marine à sa suite (1683-1690).

Jean-Baptiste Colbert de Torcy (1665-1746) : diplomate français à partir de 1689 puis secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères (1696-1700) et enfin ministre des Affaires étrangères (1700-1715).

Sébastien le Pestre, marquis de Vauban (1633-1707) : marquis de Vauban, ingénieur, architecte militaire, urbaniste, hydraulicien et essayiste français ; gouverneur de Lille (1668-1707), commissaire général des fortifications (1678-1703), fait maréchal de France en 1703.

Louis-Joseph de Bourbon, duc de Vendôme (1654-1712) : maréchal de France.

Charles Louis Hector de Villars (1653-1734) : maréchal et pair de France, secrétaire d’Etat à la Guerre et président du conseil de guerre (1715-1718).

Anne Hilarion de Costentin, comte de Tourville (1642-1701) : vice-amiral et maréchal de France.

Marie-Thérèse Habsbourg (1638-1683, r. 1660-1683) : infante d’Espagne et du Portugal, archiduchesse d’Autriche, reine de France, épouse de Louis XIV.

Françoise-Athénaïs de Rochechouart de Mortemart, marquise de Montespan (1640-1707) : maitresse de Louis XIV de 1667 à 1681.

Françoise d’Aubigné, marquise de Maintenon (1635-1719) : épouse secrète de Louis XIV (1683-1715).

Nicolas Fouquet (1615-1680) : marquis de Belle-Île, vicomte de Melun et de Vaux, procureur général au Parlement de Paris (1650-1661) et surintendant des Finances (1653-1661).

Jean Bart (1640-1702) : corsaire français anobli par Louis XIV.

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Figures historiques principales hors de France :

Philippe IV Habsbourg (1605-1665 r. 1621-1665) : roi des Espagnes, des deux-Siciles et des Pays-Bas espagnols (1621-1665), roi du Portugal et des Algarves (1621-1640).

Charles II Stuart (1630-1685 r. 1660-1685) : roi d’Angleterre, d’Ecosse et d’Irlande.

Léopold Ier Habsbourg (1640-1705 r. 1658-1705) : roi de Hongrie (1655-1705), roi de Bohême (1656-1705), roi de Croatie (1657-1705) et empereur du Saint Empire romain germanique (1658-1705).

Charles II Habsbourg (1661-1700 r. 1665-1700) : roi des Espagnes, de Naples, de Sicile, des Pays-Bas espagnols et de Sardaigne.

Guillaume III d’Orange-Nassau (1650-1702 r. 1689-1702) : stathouder des Provinces-Unies (1672-1702) et roi d’Angleterre, d’Ecosse et d’Irlande (1689-1702).

Anne Stuart (1665-1714, r. 1702-1714) : reine d’Angleterre, d’Ecosse et d’Irlande (1702-1707) puis de Grande-Bretagne et d’Irlande (1707-1714).

John Churchill, 1er duc de Marlborough (1650-1722) : général et homme politique anglais.

Eugène de Savoie-Carignan (1663-1736) : commandant en chef des armées impériales.

Raimondo de Montecuccoli (1609-1680) : généralissime du Saint Empire romain germanique (1658-1675).

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Dates importantes :

Louis XIV monte sur le trône de France : 1643

Fronde : 1648-1653

Guerre franco-espagnole : 1635-1659 (traité des Pyrénées : 1659)

Règne personnel de Louis XIV : 1661

Guerre de dévolution : 1667-1668

Guerre de Hollande et traité de Nimègue : 1672-1678 (traité de Nimègue : 1678)

L’affaire des poisons : 1676-1682

Politique des Réunions : 1679-1684

La cour à Versailles : 1682

Traité de Fontainebleau : 1685

Guerre de la Ligue d’Augsbourg : 1688-1697 (traité de Ryswick : 1697)

Guerre de Succession d’Espagne : 1701-1713 (traité d’Utrecht : 1713-1714)

Mort de Louis XIV : 1715

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Pour aller plus loin :

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