La Guerre des Gaules (partie I) : 58 avant J.C

La Guerre des Gaules (partie I) : 58 avant J.C

Avant de commencer ce récit de la guerre des Gaules, il est quelques informations qu’il est impératif de garder à l’esprit. Toutes les informations qui suivent furent écrites par le protagoniste principal de la guerre lui-même : Jules César. Ces écrits, divisés en huit livres (généralement représentant chacun une année) ne furent pas même des mémoires du général romain mais bien une arme de propagande pendant la guerre. César, en narrant ses aventures en Gaule, cherchait à entretenir le soutien populaire de son entreprise. Les Romains, captivés par ces livres annuels, permirent à César de mener sa guerre à son terme. De ces lignes, il faut ainsi retenir que les faits sont potentiellement légèrement déformés, les chiffres peut-être grossis, certains échecs peut-être atténués, voire totalement effacés. Malheureusement, les ouvrages de César sont les seuls dont nous disposions pour étudier cette guerre. Quoi qu’il en soit, ce récit est normalement globalement vrai, mais gardons l’esprit affûté.

Jules César

En -58, César, ambitieux proconsul en Gaule, veut rapidement profiter de son pouvoir éphémère. Une courte explication du consulat s’impose. Dans la Rome antique, les consuls restent dans leurs fonctions (qui sont d’ordre militaire) pendant une année. Comme on peut le constater dans d’autres guerres, ce principe permet de contrecarrer certaines ambitions mais est surtout néfaste pour la République romaine. Et ouais, le consul (qui n’est pas seul dans cette fonction par ailleurs) ne l’est que pour un an, il doit donc impérativement s’illustrer très rapidement sur le champ de bataille. Les meilleurs hommes politiques ne sont pas toujours les meilleurs commandants militaires mais s’avèrent parfois les plus ambitieux. Certains consuls, incapables mais influents, mènent ainsi piteusement les courageuses légions dans des coupe-gorges. Heureusement, ce n’est pas le cas de Jules César qui, au-delà d’être un talentueux politicien, est un redoutable général. Après avoir été consul, certains peuvent bénéficier du proconsulat : le fait d’exercer une fonction presque identique à celle d’un consul mais pour une seule province. Le proconsul est, comme le consul, choisi par le sénat. Il n’est pas nécessaire d’avoir été consul pour bénéficier du proconsulat. Pour César, l’exception est de mise. Cet habile politicien forme avec Crassus et Pompée le triumvirat (sorte d’alliance entre ces trois cadors de la politique). Avec les finances de Crassus (qui a l’avantage d’être extrêmement riche), César accède au consulat en 59 avant J.C. Comme expliqué à l’instant, il ne reste dans cette fonction qu’une seule année. Seulement voilà, il est fait proconsul pour cinq ans de la Gaule transalpine, la Gaule cisalpine et l’Illyrie. On lui fournit, pour cette occasion, quatre légions. C’est là une triple entorse à la règle ! César est fait proconsul non pas pour une année mais cinq, ne dispose non pas d’une province mais de trois, ne commande non pas trois légions mais quatre ! Détail d’importance : la province de Gaule transalpine désigne la Gaule au-delà des Alpes, ce qui donne de fait légitimité à César sur la Gaule entière, bien qu’elle ne soit pas encore conquise. César a cinq ans pour faire un coup d’éclat, il ne compte pas perdre de temps.

Livre I : 58 avant J.C

Découpage grossier de la Gaule en -58

César cherche alors un prétexte pour guerroyer. Ainsi, lorsque les Helvètes sont poussés par les Germains à la fuite vers l’ouest et qu’ils demandent à César s’ils peuvent passer par sa province, il refuse. César prétexte ne pas pouvoir faire confiance à ces barbares qui promettent de ne pas dévaster ses terres sur leur passage. De fait, il sait que s’il interdit ce passage aux Helvètes, il n’en reste qu’un seul et unique autre qu’ils peuvent emprunter : un chemin passant par le territoire des Séquanes puis des Héduens (ou Eduens), ces derniers étant des alliés de longue date de Rome. Les Helvètes auraient préféré passer par le territoire romain car le passage y est plus aisé. Le choix n’étant plus permis, les Helvètes brûlent leurs maisons pour ne pas pouvoir revenir sur leurs terres (expéditif) et passent chez les Séquanes et les Héduens avec leur accord. Mais, arrivés chez les Héduens, les Helvètes dévastent les campagnes (zut ! ça les démangeait faut croire). Les Héduens, avec d’autres peuples subissant le même sort (Allobroges et Ambarres), se plaignent assez logiquement à César et demandent son aide. Quel beau prétexte que voilà ! César, généreux comme pas deux, n’hésite pas bien longtemps (#Jackpot). Ce dernier, inquiet de la volonté des Helvètes, peuple guerrier et puissant, de s’installer non loin des provinces romaines, avait déjà levé des légions pour les attaquer.
Alors que les Helvètes traversent lentement la Saône et que 3/4 de leur armée est passée de l’autre côté, César attaque et massacre le quart restant sur sa rive. Le hasard fit que ce furent là les membres du canton (les Helvètes sont divisés en cantons déjà à l’époque, l’héritage suisse vient de loin) de Tigurins qui avaient infligé une sévère défaite aux Romains par le passé. Après cette victoire facile, César traverse la Saône en un jour avec un pont alors que les Helvètes avaient, eux, mis vingt jours à le faire en radeaux. Surpris, ces derniers envoient une ambassade à César lui demandant la paix. Ils sont prêts, pour ça, à suivre les indications de César quant à l’endroit où ils devaient s’établir en Gaule. César, qui n’a pas encore eu la guerre qu’il désire tant, s’applique à imposer des conditions bien trop dures. Il estime qu’il n’y a plus de place en Gaule et qu’il doit tenir ses promesses envers ses alliés et demande ainsi et otages pour lui et réparations pour ses alliés. Les Helvètes refusent les conditions. César veut se battre. S’engagent alors 15 jours de combat entre l’arrière-garde des Helvètes avec l’avant-garde romaine. Les Helvètes fuyaient, les Romains les traquaient, en somme.

Les tribus de la Gaule en détail avec les alliés (bleu) et ennemis (rouge) de César pour sa première guerre

Chez les Héduens, alliés de César, il y a du nouveau. Ceux-ci refusent désormais de donner le blé indispensable à César. Les Héduens, sous l’influence de Dumnorix, estiment, à juste titre, que les Romains sont trop puissants et que leur peuple ne pourra plus être d’importance en Gaule tant que les Romains dominent les débats. Le frère de Dumnorix est lui de l’avis opposé : Diviciacos. Ce dernier, pro-romain, est un grand ami de César. Il fut, par le passé, l’homme fort des Héduens. César consent assez rapidement à pardonner Dumnorix pour ses petits travers (dirons-nous) mais tout de même après quelques supplications de Diviciacos.

Du reste, César poursuit toujours les Helvètes. Las, ces derniers se retournent et font face en attaquant. Voyant cela, César dispose ses 4 légions de vétérans en ordre sur une colline et tient le choc. Les Helvètes utilisent par ailleurs une technique singulière des « barbares » : mettre tous les bagages (charriots) derrière l’armée en ligne avec les femmes et les enfants de telle sorte que si les hommes cèdent au combat, ils perdent tout. Aucune fuite n’est ainsi envisageable, du moins en théorie. Alors que les Romains repoussent finalement les Helvètes, les Boïens et les Tulinges (deux autres tribus), au nombre de 15 000, attaquent sur le flanc droit romain. Les Helvètes se hâtent de revenir sur leurs pas et se jettent de nouveau dans le combat. Cette bataille, sur deux fronts, était compliquée pour César. L’affrontement, long d’une journée, se termine par une fuite des Helvètes, définitivement vaincus.
La victoire acquise, César s’empresse de poursuivre les vaincus. Quatre jours de traque plus tard, les Helvètes implorent César de les pardonner et de faire la paix. César y consent et les renvoie dans leur pays (retour à la case départ : coup dur). Les Helvètes, au nombre de 368 000 en délaissant leurs terres, ne sont plus que 110 000 à les retrouver. César ordonne qu’on leur donne du blé et qu’on les aide à reconstruire les villes qu’ils avaient si intelligemment brûlées en partant. Ce n’est pas tant là de la générosité que de la réflexion : si ces bonnes terres ne sont plus occupées, les Germains pourraient être tentés de s’y installer. Ces derniers représentant une grande menace, il valait mieux se montrer généreux.

En Gaule, les Arvernes et les Héduens, depuis longtemps, se disputaient l’hégémonie. C’était là les deux plus influentes tribus gauloises. Dans cette guerre 100% barbare, les deux camps faisaient souvent appel aux puissants guerriers Germains. Et ouais, on ne va pas se priver de l’aide des mercenaires Germains ! Mais en plus d’être de bons guerriers, les Germains sont taquins et aiment prendre des territoires (les Alsaciens en savent quelque chose). Conséquence fâcheuse de ces demandes répétées gauloises, Arioviste, roi des Germains, décide de s’installer en Gaule. Les Héduens, courageux mais pas à la hauteur, tentèrent alors de les affronter et furent défaits. Les Séquanes, alliés des Germains, ne furent pas pour autant mieux lotis : ils furent dépouillés de leurs terres par ces derniers. Bien des tribus implorèrent alors César de chasser Arioviste. Depuis sa récente victoire sur les Helvètes, il avait gagné en prestige. La demande venait surtout de l’Héduen Diviciacos et César estimait que les Germains représentaient une menace pour les provinces romaines. Une deuxième guerre en un été ? Pourquoi pas. Mais Arioviste est officiellement un « ami de Rome » ! Qu’à cela ne tienne, la guerre doit continuer, tant pis pour les états d’âme du sénat romain.

César tenta néanmoins la diplomatie avec Arioviste, sans succès. Celui-ci, têtu, se dit dans son droit, en tant que vainqueur, d’exploiter le vaincu : en l’occurrence, les Héduens (seems legit). Et ce, qu’ils soient alliés ou non aux Romains. Il ajoute qu’il ne cherche par ailleurs pas la guerre avec Rome mais ne la refuserait pas. Dangereuse déclaration que voilà face à un boutefeu de la trempe du proconsul César ! Arioviste est un tyran et les Suèves, un peuple germain du nord, vient de traverser le Rhin. César craint que les deux armées ne se rejoignent. Il lui faut agir vite.

Ni une ni deux, César marche vers Arioviste et s’empare de Besançon, une ville importante. Seulement voilà, les rudes Germains sont craints des soldats romains. César use de sa verve dans un discours enflammé pour les haranguer. Un discours dans lequel il encense la 10e légion, sa préférée et la plus loyale. Les Romains, désormais convaincus de leur supériorité militaire, veulent en découdre : le discours a fait un grand effet. César et Arioviste se rencontrent (courtoisie ?), c’est inutile, les négociations n’aboutissent pas et les cavaliers d’Arioviste, attaquant un peu la cavalerie romaine (juste un peu, ils jettent des petites pierres et quelques flèches : je suis sérieux), les deux chefs se séparent. Arioviste veut continuer l’entretien le lendemain. César envoie Caïus Valerius Procillus, un homme de haut rang, comme émissaire. Arioviste le charge de fers. Par 3 fois, Arioviste consulta les dieux pour savoir s’il pouvait tuer Valérius, par trois fois il renonça (« non chef, il y a un boyau dans cette chèvre qui me dit de pas buter le romain ! » ça pue la corruption ça).
Pendant plusieurs jours, César s’amusa à sortir ses légions de son camp pour proposer le combat aux Germains mais ces derniers se contentèrent de les provoquer. Ce n’est pas là un signe de courtoisie ou une manière de dégourdir les jambes de la troupe, les chefs militaires avaient déjà compris que la position défensive, de plus sur un terrain qu’on a choisi, est fortement avantageuse. Une petite bataille, néanmoins acharnée, eu lieu. Les prisonniers Germains révélèrent à César que les oracles ne prédisaient une victoire des Germains qu’après la nouvelle lune. Fort de cette information, agissant lourdement sur le moral de ses ennemis, César attaqua le lendemain. Ce n’est pas une nouveauté à la guerre, pour un croyant, si Dieu te dit que tu ne seras pas vainqueur, alors tu ne voudras pas combattre. Affronter un ennemi défaitiste à souhait vaut encore mieux que la position défensive.

Arioviste (gauche) face à César (droite)

Les Germains étaient disposés en peuplades : Harudes, Macromans, Triboques, Vangions, Némètes, Sédusiens et Suèves (promis j’en n’ai pas inventé). L’aile gauche romaine enfonça la droite des Germains mais l’aile droite romaine connaissait une mauvaise situation. Crassus, commandant la cavalerie, sauva la situation en intervenant. Les Germains furent mis en déroute et beaucoup périrent. Les deux femmes et une des deux filles d’Arioviste, derrière les guerriers, trouvèrent la mort. Arioviste s’échappa. Valérius fut retrouvé vivant. Au nord, les Suèves, apprenant cette défaite, firent demi-tour.

César finissait là une seconde guerre en un été. Il prit ses quartiers d’hiver chez les Séquanes. César prit le chemin de Rome, laissant son armée derrière lui.

Source (texte) :

César, Jules (1981). Guerre des Gaules. France : Gallimard, 481p.

Sources (images)

https://www.histoire-pour-tous.fr/biographies/2969-la-biographie-de-jules-cesar-101-44-av-jc.html (César)

https://fr.wikipedia.org/wiki/Arioviste (découpage grossier de la Gaule en -58)

https://www.histoire-pour-tous.fr/guerres/731-la-guerre-des-gaules.html (carte détaillée des tribus)

https://www.google.de/imgres?imgurl=https%3A%2F%2Fi.ytimg.com%2Fvi%2F8QT34f8OCjI%2Fhqdefault.jpg&imgrefurl=https%3A%2F%2Fwww.youtube.com%2Fwatch%3Fv%3D8QT34f8OCjI&docid=Jhbf247EEwBlCM&tbnid=buGYrJlWaPIG6M%3A&vet=1&w=480&h=360&bih=610&biw=1280&ved=2ahUKEwjd2cOG8fHlAhU6AWMBHRY5AiUQxiAoCHoECAEQJw&iact=c&ictx=1 (Arioviste face à César)

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