Carthage antique (partie XV) : Métaure et le tournant de la guerre (208-203)

Carthage antique (partie XV) : Métaure et le tournant de la guerre (208-203)

synjardy xr weight loss Rappel : En Ibérie, les Carthaginois d’Asdrubal ben Gisco, Asdrubal et Magon Barca furent vaincus plusieurs fois, dont une fois gravement, en 214*, par les Romains dirigés par les frères Scipion. C’est qu’Asdrubal Barca devait également gérer une campagne en Afrique. Avec l’allié massyles (dont le prince Massinissa), les Puniques défirent Syphax, roi des Massaesyles, qui s’était rapproché de Rome. La paix signée en 213, Asdrubal put se concentrer sur l’Ibérie. Sagonte tomba aux Romains en 212. Mais les trois chefs carthaginois défirent et tuèrent les frères Scipion dans ladite bataille du Bétis (en vérité plusieurs batailles) en 211. En 214, deux officiers siculo-puniques d’Hannibal amenèrent Syracuse dans l’alliance punique et prirent même la direction de la ville. Le consul romain Marcellus débarqua en Sicile et assiégea Syracuse pendant 8 mois en 213-212. Carthage dépêcha des renforts qui ne purent briser l’encerclement. Les chefs puniques furent terrassés par la peste. Marcellus fit tomber Syracuse en 212. En 210, Marcellus parvint à expulser définitivement Carthage de Sicile. En Italie, les Romains évitaient désormais le combat avec Hannibal et n’engageaient que ses lieutenants, moins talentueux. Rome assiégea Capoue, qui tomba en 211. Alors que, la même année, l’armée des Scipion était décimée en Ibérie, Rome décida d’y envoyer une nouvelle armée sous le commandement du jeune Publius Cornelius Scipion fils. Général talentueux, Scipion fit tomber Carthagène, jugée imprenable, en 210. De son côté, Hannibal n’arrivait plus à tenir le sud de l’Italie en 210-209, ses soutiens cherchaient désormais un prétexte pour déserter l’alliance punique. Tarente tomba aux Romains en 209. Syracuse, Capoue, Carthagène, Tarente, autant de riches villes qui furent pillées par les Romains à leur chute. Ce n’était pas de trop, Rome faisait face à une crise économique depuis Cannes (216) doublée d’une crise sociale en 210-209. En Ibérie, malgré une défaite d’Asdrubal Barca à Baecula en 209, celui-ci passa les Pyrénées fin 208 pour rejoindre l’Italie avec une armée. Scipion venait d’échouer dans sa mission principale : un autre frère Barca allait menacer Rome sur ses terres.

*Sauf indication contraire, toutes les dates de cet article sont sous-entendues avant Jésus Christ.

En 208, les consuls T. Quinctius Crispinus et M. Marcellus (pour la 4e fois) furent élus. Les combats avec Hannibal se résumèrent à des embuscades. L’une d’entre elles, faite par un escadron numide, provoqua la mort de Marcellus et blessa grièvement Crispinus qui, après avoir désigné un dictateur, décéda également. C’était la première fois de l’histoire de la République romaine que deux consuls mourraient en exercice.

En 207, C. Claudius Néron et M. Livius (retiré de la vie politique depuis 219 et n’appréciant guère son collègue Néron) furent élus consuls à leur tour. Néron, aidé entre autres de Flaccus, avait pour mission de tenir Hannibal tandis que Livius (bientôt surnommé « Salinator » pour sa taxe sur le sel) devait barrer la route à Asdrubal en Gaule Cisalpine. Celui-ci, à vrai dire, n’était pas loin. De ce fait, Livius réclama des renforts : il reçut 8 000 Espagnols et Celtes, 2 000 légionnaires, 1 000 cavaliers numides et espagnols, des volontaires esclaves et 3 000 archers et frondeurs de Sicile. Ces troupes seraient plus que nécessaires : Asdrubal Barca venait de passer les Alpes au printemps 207, à la surprise des Romains qui débutèrent leur campagne plus tôt cette année de ce fait. Là où Hannibal avait mis six mois, Asdrubal avait accompli la même traversée de la Gaule en deux mois.

Arrivé dans le nord de l’Italie, le Barcide avait trouvé un accueil très favorable des Gaulois qui se souvenaient sans peine du passage d’Hannibal. L’armée d’Asdrubal enrôla des Gaulois jusqu’à atteindre 48 000 fantassins, 8 000 cavaliers et 15 éléphants. Pour répondre à la double menace barcide en Italie, Rome avait levé 23 légions ! 7 desquels furent attribuées aux chefs romains devant contenir Hannibal au sud (notamment le consul Néron et le commandant Flaccus). Ceux-ci parvinrent à faire plus que retenir Hannibal qui, à l’instar des Romains, ne s’attendait pas à voir son frère arriver si vite en Italie et s’était mis trop tard en campagne. Néron, de fait, accrocha plusieurs fois l’armée d’Hannibal et parvint même à la fixer par la ruse : il laissa le gros de son armée face à Hannibal, prit 6 000 fantassins et 1 000 cavaliers parmi ses unités d’élite et partit à marche forcée vers le nord prêter main forte au consul Livius. Et ce, sans qu’Hannibal ne s’en rende compte, malgré l’inimitié entre les deux consuls et surtout en violation de la loi romaine.

En temps normal, un consul n’avait pas le droit de marcher sur le territoire confié à l’autre. Faisant fi de cette règle et en prévenant Rome, Néron rejoignit son collègue au nord. Asdrubal, qui perdit un temps précieux à assiéger Plaisance, offrit le combat au consul Livius en mettant son armée en ordre de bataille juste après que le Romain a reçu le décisif renfort de son confrère consul. Asdrubal réalisa immédiatement son erreur et entreprit de fuir mais, abandonné par ses guides gaulois, erra dans des marécages flanqués d’un fleuve infranchissable. Il fut rattrapé par la cavalerie romaine puis par l’infanterie légère. Ces unités fixèrent l’armée punique et contraignirent Asdrubal au combat en infériorité numérique, dans ce qui serait la bataille du Métaure.

Le Barcide aligna comme il pouvait les Gaulois à gauche, les Ligures au centre et les Espagnols, sous son commandement, à droite. Il disposa ses éléphants devant son centre. La présence d’une colline du côté des Gaulois contraignit Asdrubal à donner de la profondeur à son centre plutôt qu’à l’entendre, ce qui s’avèrera un avantage décisif pour l’ennemi. Face à l’aile droite d’Asdrubal se trouvait Livius, tandis que Néron s’occupait de l’aile droite romaine face aux Gaulois. Le combat allait se décider du côté d’Asdrubal et de Livius. Les troupes d’élite puniques offrirent un superbe combat à Livius. Le combat resta un temps indécis.

Bataille du Métaure, le 22 juin 207 av. J-C

Néron, sur la droite romaine, laissa quelques troupes devant les Gaulois mais en détacha une autre partie pour venir renforcer l’aile gauche de Livius face à Asdrubal. Se faisant, Néron déborda l’aile punique par la gauche et attaqua sur les flancs et les arrières de l’aile d’Asdrubal. Ce mouvement, décisif, avait été facilité par le manque d’extension du centre punique. Les troupes d’élite carthaginoises cédant sous la pression, c’est toute l’armée d’Asdrubal qui se délita. Le Barcide fit tout ce que pouvait faire un excellent général dans cette situation désespérée. En vain. Asdurbal Barca décida de mourir héroïquement au combat plutôt que de faire face aux conséquences du désastre. Ainsi se clôturait la très importante bataille du Métaure en juin 207. Néron, qui fut largement décisif, s’empressa de rejoindre ses légions laissées devant Hannibal Barca plus au sud. Des cavaliers jetèrent la tête d’Asdrubal Barca dans le camp punique.

Asdrubal Barca (245-207 av. J-C), stratège carthaginois

Asdrubal Barca fut souvent durement jugé pour ses défaites en Espagne et en Italie. C’est oublier que son frère ne lui laissa que 15 000 mercenaires pour tenir l’Ibérie en 218, étant donné que les 10 000 hommes supplémentaires laissés en Catalogne furent balayés par les frères Scipion dès leur arrivée qui, par ailleurs, débarquaient avec 24 000 hommes et 60 quinquérèmes. Asdrubal se trouva ensuite contraint de contenir les Scipion tout en tenant une Ibérie punique qui se soulevait et en intervenant en Afrique du Nord. Concernant le premier point, Asdrubal lutta toujours en infériorité numérique en Espagne et reçut des renforts de moins bonne qualité que ceux des Romains. Cela ne l’empêcha pas de finalement venir à bout des frères Scipion en 211 par une coordination parfaite de trois armées, démonstration de son talent. Le frère d’Hannibal immobilisa quatre légions romaines en Espagne pendant 10 ans, ce qui empêcha un débarquement romain précoce en Afrique. Sa traversée éclair de la Gaule et sa résistance honorable à Métaure, en infériorité numérique, montrent ses qualités militaires. Il fallut bien des hommes aux Romains pour le vaincre. Trop souvent comparé à son glorieux frère, Asdrubal Barca, au triste destin, mérite davantage de considération.

En Espagne, le départ d’Asdrubal Barca sonnait le glas de la présence punique. A l’été 207, Scipion engagea le combat par surprise contre les troupes punico-espagnoles de Magon Barca. Celui-ci, voyant la bataille tourner rapidement en sa défaveur, choisi de détacher ses 2 000 meilleurs fantassins et sa cavalerie pour rejoindre Asdrubal ben Gisco. Scipion tenta de pousser son avantage en attaquant la région de Gadès durant l’hiver 207 mais n’obtint aucun grand affrontement. Au printemps 206, en revanche, Asdrubal ben Gisco regroupa 50 000 fantassins, 4 000 cavaliers et 32 éléphants à Ilipa. Scipion, après une attaque de la cavalerie de Massinissa et de Magon facilement repoussée, se porta devant Asdrubal avec 45 000 fantassins et 3 000 cavaliers. Asdurbal avait disposé sa puissante infanterie africaine au centre de sa ligne et les guerriers espagnols sur les ailes, protégés par les éléphants. Constatant ceci, Scipion inversa son armée : il plaça les Romains sur les ailes, encadrant le centre espagnol de sa force.

Arrivé à proximité des Puniques, Scipion engagea avec ses Romains les ailes puniques mais pas le centre. Dès lors, les Africains hésitèrent : ils ne pouvaient pas aider les Espagnols sans risquer de dégarnir le centre. Asdrubal ben Gisco, faisant preuve d’autorité, garda la cohésion de son armée et opéra une retraite ordonnée. Une forte pluie sauva finalement l’armée punique en fuite. Les jours suivants n’épargnèrent pourtant pas l’armée punique qui fut rattrapée par la cavalerie puis les légions romaines. Les accrochages s’enchaînèrent jusqu’à ce que l’armée soit anéantie par des Espagnols. Massinissa, dès le lendemain de la bataille d’Ilipa, traita avec Scipion pour établir une alliance. Le romain, de fait, avait déjà établi un traité secret avec Syphax, le roi des Massaesyles. La campagne d’Afrique se préparait.

Des soulèvements de populations ibériques furent écrasés par les Romains malgré quelques armées imposantes. Fin 206, le Sénat carthaginois ordonna à Magon de quitter l’Espagne et de partir pour l’Italie. Carthage savait perdue l’Ibérie barcide. En 205, Scipion rentra en Italie et reçu un grand triomphe du peuple.

Carte résumant la Deuxième Guerre punique, les principaux engagements militaires et itinéraires des généraux

La Macédoine étant aux prises avec la ligue étolienne en Grèce et devant maîtriser l’agitation Thrace depuis 207 ; il était évident que l’alliance avec Carthage devenait un handicap. Ainsi, le traité de Phoenikê, signé à la fin de l’été 205 avec Rome annula le traité de 215 avec Hannibal. Ce dernier, par ailleurs, avait largement perdu pied dans le sud de l’Italie. En 206 puis 205, le Barcide avait perdu tous ses soutiens, excepté celui des Bruttiens, qu’il maintenait artificiellement. Occupant le territoire de ce dernier « allié », Hannibal prenait des mesures fortes, quasi tyranniques, pour garder le contrôle. Mais petit à petit, les Romains reprenaient du terrain. Pour Hannibal, il était impératif de tenir cette côte pour avoir une issue vers l’Afrique.

Pourtant, Magon Barca, le benjamin de la famille, débarqua par surprise au nord à Gênes au printemps 205 avec 12 000 fantassins et 2 000 cavaliers. L’état carthaginois, après s’être assuré de l’alliance de Syphax en 205, envoya à Magon 6 000 fantassins, 800 cavaliers et 7 éléphants en renfort ainsi qu’une forte somme d’argent. Le plus jeune frère d’Hannibal recruta des Gaulois parmi les Ligures. Son objectif, fixé par Carthage, était de rejoindre son frère Hannibal et maintenir le maximum de légions romaines en Italie. C’était pour Carthage la dernière chance pour reprendre l’initiative en Italie. Pendant qu’il recrutait, les Romains verrouillèrent les accès à l’Italie avec quatre légions. L’été 204 vit Hannibal affronter des Romains à Crotone, tuant 1 200 Romains, puis devoir reculer devant une force trop importante. C’était désormais une réalité : Hannibal, qui ne recevait pas de renforts, manquait cruellement d’effectifs pour combattre les légions romaines sans cesse reformées.

Consentia, une importante ville du Bruttium, fut perdue par Hannibal. Au nord, cela faisait bientôt deux ans que Magon avait débarqué. Le terrain sur lequel il évoluait allait bientôt être insuffisant pour nourrir son armée. Le Barcide, de fait, attendait que les légions romaines ne se séparent et commettent une erreur, ce qu’elles ne firent jamais. Durant l’été 203, Magon Barca accepta une bataille proche de Milan, en territoire Insubres. L’armée punique soutint le choc des trois habituelles lignes d’infanterie lourde romaines, résistèrent aux charges de cavalerie mais cédèrent lorsque les hastati, qui s’étaient regroupés après s’être retirés du combat, renforcèrent les ailes romaines. Magon s’appliqua à faire retraiter en bon ordre son armée jusqu’à ce qu’il soit lui-même atteint par un trait et chute.

Seulement blessé mais évacué, Magon ne pouvait plus diriger, annonçant la retraite totale de son armée. La retraite amorcée limita les pertes : les Puniques déploraient 5 000 morts, les Romains 2 500. Avec la bataille d’Insubrie, Hannibal venait de perdre son dernier espoir. Vu son armée, il savait qu’il ne tiendrait pas longtemps en Italie. C’est à ce moment, en 203, que Carthage le rappela en Afrique pour qu’il affronte Scipion.

Sources (texte) :

https://objectifjeux.net/18160-paxlovid-apotheke-76215/ Melliti, Khaled (2016) paxlovid medication locator La Villa del Rosario . Carthage South Hill paxlovid success rate . France https://beyazbonbon.com/92042-paxlovid-price-in-china-14459/  : Perrin paxlovid no cost neatly , 559p.

Ferrero, Guglielmo (2019, réédition de 1936). Nouvelle Histoire romaine. France : Tallandier, 509p.

Le Bohec, Yann (2017). Histoire des guerres romaines. Paris : Tallandier, 608p.

Vanoyeke, Violaine (1995). Hannibal. Paris : Éditions France-Empire, 295p.

Sources (images) :

http://westerhopewargames.blogspot.com/2012/09/battle-of-metaurus-207-bcplayed-9912.html (bataille du Métaure)

https://en.wikipedia.org/wiki/Hasdrubal_Barca (Asdrubal Barca)

https://en.wikipedia.org/wiki/Battle_of_the_Metaurus (carte résumant la deuxième guerre punique)

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