Carthage antique (partie XIII) : la bataille de Cannes (216 av. J-C)

Carthage antique (partie XIII) : la bataille de Cannes (216 av. J-C)

erotically neurontin uk Rappel : Après ses victoires dans le nord de l’Italie au Tessin et à la Trébie en 218*, Hannibal s’aventura en Italie. Suivi de près par l’un des deux consuls romains, le stratège punique fut en mesure de tendre une terrible embuscade au lac Trasimène qui se solda par un anéantissement de l’armée romaine en 217. Si les Carthaginois dominaient sans conteste les débats en Italie, il n’en allait pas de même en Ibérie, laissée par Hannibal Barca aux bons soins de son frère Asdrubal. De fait, Hannibal avait laissé derrière lui une Ibérie faiblement défendue. Cornelius Scipion débarqua dans la Catalogne actuelle en 218 et remporta la bataille de Cissé. Scipion fut alors rejoint par son frère Publius et, ensemble, ils défirent Asdrubal sur l’Ebre. Ce recul punique en Ibérie poussa le Sénat à renforcer Asdrubal plutôt qu’Hannibal. Sur les mers, Rome avait l’avantage de la qualité et de la quantité. Pourtant, les navires carthaginois parvenaient à créer le danger sur les côtes italiennes. Hannibal demeurait, en Italie, le premier danger comme allait encore le prouver la bataille de Cannes.

*Sauf indication contraire, toutes les dates de cet article sont sous-entendues avant Jésus Christ.

En Italie, Rome venait d’élire deux nouveaux consuls : C. Terentius Varron et Paul Emile (Aemilius Paulus). Le premier ayant des origines plus modestes, le second fut choisi parmi l’une des familles les plus nobles. Ce dernier était, par ailleurs, belliqueux et le peuple en avait marre de l’attentisme. Au début de 216, Rome rassembla huit légions (dont 4 nouvelles), soit 81 000 hommes et de 9 600 à 12 800 cavaliers selon Polybe. Nous le verrons, le fait que l’armée romaine compte désormais autant, voire plus de cavaliers que l’armée punique allait encourager les consuls à accepter un affrontement en plaine face à Hannibal. Ce dernier se replia sur Cannes au début de l’été 216.

Il savait qu’il ne pouvait plus cacher ses soldats dans la végétation ou par un paysage accidenté, les Romains ne tomberaient plus dans le piège. A la place, il s’empara de Cannes qui offrait d’importantes réserves de vivres et une plaine flanquée d’une colline d’une part et de la rivière d’Aufide d’autre part. Cette plaine était trop étroite pour que les Romains puissent y déployer leurs forces de manière optimale mais assez grande et plane pour que les Romains estiment pouvoir manœuvrer et tirer un avantage décisif de leur cavalerie. Le 2 août 216, le consul Paul Emile prit la direction de l’armée romaine et accepta la bataille que proposait le Barcide. La bataille de Cannes allait débuter.

Laissant 15 000 hommes derrière lui pour la protection des deux camps romains, Paul Emile se présenta devant Hannibal avec 76 à 79 000 hommes. Les Puniques alignaient eux 30 à 40 000 fantassins et 10 000 cavaliers. Du fait de la largeur limitée de la plaine, les Romains déployèrent leur infanterie lourde en trois lignes (hastati puis Principes et Trarii) en ordre plus serré. Le centre était commandé par les proconsuls Germinus et Minucius Rufus. La cavalerie lourde aristocratique romaine formait l’aile droite selon la tradition militaire, commandée par Paul Emile (donc au contact de la rivière). La cavalerie alliée était, elle, commandée par Varron (au contact avec la colline). De faite, les consuls avaient sous leur commandement direct davantage d’hommes que juste les cavaliers. Varron avait sous sa férule directe 20 000 hommes à pied en plus de sa cavalerie, Emile une légion et 5 000 soldats alliés. Le centre romain était trop dense pour que les habituels vélites s’y glissent, retirant à l’armée un atout.

Face à cette armée, Hannibal savait qu’il ne pouvait procéder à un encerclement, comme il l’avait fait de nombreuses fois auparavant. Il décida d’une stratégie totalement inédite qui est encore aujourd’hui enseignée en école militaire. Hannibal disposa son infanterie en arc de cercle concave. Il plaça quelque 25 000 Celtes et Ibères au cœur du dispositif et au plus proche des Romains, puis ses guerriers africains et libyques en escaliers sur les flancs. Hannibal comptait sur ses soldats ibériques et celtes pour absorber les forces romaines. Le centre punique devait, de fait, reculer lentement et sans faillir face à la totalité de l’infanterie romaine massée devant ses rangs. En reculant, le cœur punique allait arriver au niveau de l’infanterie lourde africaine. Celle-ci avait pour mission de s’attaquer aux flancs de la masse romaine tout en faisant pression sur les Romains en convergeant vers le centre.

Au bout de la ligne punique en escalier se trouvait l’infanterie libyenne, désormais armée d’épées qui devait se rabattre en dernière sur la masse romaine. Il est ici intéressant de noter que les troupes ibériques et celtes (infanterie légère), absolument indispensables à ce plan et devant fournir le plus grand effort, étaient celles en qui Hannibal avait le moins confiance. Deux stratagèmes permettaient de garantir leur loyauté : les Ibères et Celtes étaient mêlés par petits groupes successifs, rendant la fuite de l’une des peuples moins probable et moins dommageable ; surtout, ce centre était directement dirigé par Hannibal et Magon Barca.

Pendant que le centre reculait sans céder en son milieu (Ibères et Celtes) et que les ailes se rabattaient sur les flancs romains aux extrémités (infanterie lourde africaine et infanterie libyenne), la cavalerie punique devait engager celle des Romains. A gauche de l’armée punique se trouvait la cavalerie lourde ibère et celte, dirigée par Asdrubal tandis que l’aile droite d’Hannibal était formée par la cavalerie numide, dirigée par Hannon Barca*. Asdrubal faisait face à Paul Emile et avait une cavalerie deux fois plus nombreuse que la cavalerie aristocratique romaine. Les cavaleries étant globalement équilibrées au niveau du nombre, la cavalerie numide d’Hannon Barca était deux fois moins nombreuse que les cavaliers du consul Varron qu’elle allait affronter. C’est qu’Hannibal comptait sur l’agilité de la cavalerie numide pour tenir en sous-nombre face à la cavalerie alliée de Varron pendant que la cavalerie lourde d’Asdrubal devait anéantir la cavalerie aristocratique romaine grâce à son surnombre. Par-là, Hannibal entendait décimer les cadres de l’armée romaine dès le début de l’affrontement. Après avoir anéanti la cavalerie de Paul Emile, Asdrubal devait porter secours aux Numides d’Hannon Barca. Les cavaleries jointes devaient ensuite chasser la cavalerie alliée de Varron pour enfin venir refermer la nasse dans laquelle serait prise l’infanterie romaine, attaquant celle-ci sur ses arrières. C’est exactement ce qu’il se passa le 2 août 216 à Cannes.

*Cet Asdrubal est un lieutenant d’Hannibal en Italie, rien à voir avec le frère d’Hannibal qui, lui, est toujours en Ibérie. Hannon, en revanche, est bien Hannon Barca, neveu d’Hannibal.

Représentation d’Hannibal Barca durant la bataille de Cannes (2 août 216 av. J-C)

L’infanterie romaine enfonça le cœur punique (infanterie légère ibère et celte) qui recula sans céder. Les Romains aggravèrent leur cas en convergeant d’eux-mêmes sur le cœur punique. L’infanterie lourde punique flanqua la masse romaine et fit pression en direction du centre du champ de bataille de part et d’autre. L’équipement romain de l’infanterie lourde punique ajouta à la confusion de l’armée romaine qui ne parvenait plus à bien distinguer les alliés des ennemis. Simultanément, la cavalerie lourde d’Asdrubal l’emporta sur la cavalerie aristocratique romaine de Paul Emile et fut à-même de porter secours à la cavalerie numide d’Hannon Barca qui résistait à grand peine face à la cavalerie de Varron. Au même moment, l’infanterie libyenne vint au contact du flanc romain, englobant les 3 lignes romaines. L’armée romaine ne ressemblait plus qu’à une masse dont les soldats au centre ne servaient à rien. La cavalerie punique chassa Varron et vint enfoncer les arrières de la masse romaine, complétant l’encerclement.

Schéma tactique de la bataille de Cannes (216 av. J-C)

Là, l’infanterie romaine n’avait plus aucune chance de se déployer ni de percer l’encerclement d’Hannibal. Celui-ci avait ordonné au cœur de son dispositif, qui avait jusque-là absorbé toute la puissance de frappe romaine, d’arrêter de reculer. Cette infanterie légère ibère et celte se révéla encore apte à combattre malgré la fatigue. Le combat dura encore des heures et fut simplement un massacre. Après quoi, l’armée punique fit prisonnier 10 000 des 15 000 Romains restés garder les camps et qui avaient, pendant la bataille, attaqué les camps carthaginois.

Sur environ 75 000 à 79 000 hommes engagés par Rome dans la bataille, 70 000 furent perdus (dont 45 000 trouvèrent la mort, parmi lesquels le consul Paul Emile, les proconsuls Germinus et Minucius et la majorité de l’état-major romain, 80 sénateurs et des centaines de chevaliers aristocrates ; 20 000 furent faits prisonniers). Hannibal comptait, lui, environ 6 000 tués, dont les 2/3 d’Ibères et de Celtes.

Cette victoire écrasante et décisive carthaginoise aurait dû, comme l’entendait Hannibal, provoquer la fin de la Deuxième Guerre punique. Rome, qui obéissait normalement à cette loi tacite de la guerre (trois victoires décisives provoquent la reddition), décida pourtant de ne pas lâcher. Maharbal, chef numide et général sous Hannibal, voyant le stratège refuser d’attaquer directement Rome après Cannes lui aurait lancé « Tu sais vaincre Hannibal, mais tu ne sais pas tirer profit de la victoire ». Pourtant, Hannibal voyait juste : son armée n’était pas assez forte pour poser le siège sur Rome et n’était pas entrainée à l’art du siège : la poliorcétique. En revanche, cette victoire de Cannes décrocha de l’alliance romaine les cités de Grande-Grèce*. Gélon, le fils de Hiéron II, dirigeant de Syracuse, complotait désormais pour que Syracuse rejoigne le camp punique.

*La Grande-Grèce désigne le sud de l’Italie et la Sicile.

Les trois grandes victoires d’Hannibal en Italie : Trébie (218), Trasimène (217) et Cannes (216)

Hannibal, et plus largement Carthage, avaient mis en œuvre une propagande destinée à rallier les Grecs. Ceux-ci, mécontents de leur statut de soumis à Rome, avaient souvent uniquement peur des représailles romaines. Les Grecs se sentaient plus proches des Carthaginois. Il ne leur fallait donc qu’une preuve de la capacité protectrice des Puniques face aux Romains. Les Grecs étaient méfiants à cet égard, ils n’avaient pas oublié les conséquences du ralliement à Pyrrhos un demi-siècle plus tôt. Cannes fut la preuve attendue par les cités de la Grande-Grèce. La riche Capoue rejoignit rapidement Hannibal, d’autres eurent la main forcée et quelques autres restèrent fidèles à Rome. Cependant, la majorité de la Grande-Grèce passa dans le camp punique en 216 et 215. Il est évident que des agents puniques avaient fait un travail de sape au préalable.

Le royaume de Macédoine de Philippe V avait signé la paix de Naupacte avec les Etoliens en 217 alors qu’Hannibal emportait la décision au lac Trasimène. Ayant les mains libres, Philippe V envisagea une alliance avec Carthage contre Rome qui, ayant fait des terres illyriennes (Balkans) un protectorat, menaçait ses intérêts. En 215, à la suite de Cannes, le roi de Macédoine se décida à traiter avec Hannibal. Pourtant, le traité s’avéra inutile : des luttes entre Hellènes, alimentées par Rome, paralysaient l’action de la Macédoine. L’alliance avec Syracuse, elle, fut bien plus concrète. A Syracuse, Gélon fut assassiné parce qu’il était pro-punique, sûrement à la demande de son père Hiéron II. Mais Hiéron passa l’arme à gauche à l’hiver 216 et son petit-fils, Hiéronyme, rejoignit le camp punique dès son accession au trône.

Hannibal utilisa le principe grec de la relation de symmachie. La puissance carthaginoise, à laquelle les Grecs étaient bien plus habitués, se comportait en Hégémôn, ce qui impliquait une hiérarchie mais pas une soumission, contrairement à ce que Rome exigeait. Hannibal ne réclamait pas de troupes dans ses traités bien que, dans les faits, les soldats italiens vinrent combler le vide que provoqua le départ des Gaulois. Ces derniers avaient accompli leur mission et s’en allaient au nord servir leur peuple en menant une évidente politique anti-romaine.

Rome, dans cette situation délicate, prépara sa défense, leva deux légions en plus des deux légions déjà présentent dans le Latium, doubla les impôts, abaissa l’âge de l’enrôlement à 17 ans et recruta 8 000 esclaves ! Ça n’empêcha pas l’Urbs de perdre encore des légions au nord contre les Gaulois lors du désastre de Modène. Des flottes furent préparées pour défendre les côtes et un nouveau dictateur fut élu.

Carthage, en s’alliant avec le Bruttium, réalisait un objectif de la guerre précédente : priver Rome de sa ressource forestière lui ôtant tant un tremplin vers la Sicile que la possibilité de construire des navires. C’était là deux des facteurs qui permettaient à Rome d’entretenir son hégémonie maritime. Autre tremplin gênant pour le commerce carthaginois : la Sardaigne. La cité d’Elyssa y envoya en 215 une puissante armée, dirigée par le stratège Asdrubal le Chauve. Celle-ci fut soutenue par la population locale partiellement en insurrection contre les lourds impôts de Rome. Après un dur combat indécis, la retraite des Sardes provoqua la défaite carthaginoise. L’armée vaincue déplorait 12 000 tués.

Rome mobilisa 200 000 hommes en Italie (en comptant les alliés), répartis en 18 légions en 215. A cela s’ajoutaient l’armée des Scipion en Espagne et des forces en Sardaigne. Rome délaissa le front nord contre les Gaulois malgré le récent désastre à Modène et se prépara à une éventuelle guerre contre la Macédoine. L’Urbs stabilisa également le commandement en permettant à certains d’être consul plusieurs années de suite (alors qu’un citoyen ne peut normalement être élu qu’une fois tous les 10 ans à ce poste). Ainsi, le consul Fabius Maximus, le propréteur Marcus Claudius Marcellus, ou encore T. Sempronius Gracchus et Marcus Valerius Laevinius devinrent des chefs plus ou moins permanents.

La stratégie romaine consistait à punir les cités ayant fait défection en Italie du sud tout en attaquant partout en même temps. De la sorte, Hannibal n’aurait de cesse de devoir secourir ses alliés et n’obtiendrait plus de victoires décisives. Rome s’appliqua par ailleurs à empêcher Hannibal de prendre Tarente ou Nola. Hannon Barca, neveu d’Hannibal, se vit confier une armée, composée en grande partie d’Italiens et renforcée par Carthage. Deux armées n’étaient cependant pas suffisantes. Hannon devait lui aussi courir partout. Rome, de son côté, peinait à financer une telle guerre durant l’hiver 215-214. L’Urbs eut recourt à un emprunt privé controversé et aux promesses pour soutenir son effort en Espagne, par exemple.

En 213, Tarente fut livrée à Hannibal après l’exécution, à Rome, de prisonniers lucaniens tentant de s’échapper (Tarente se situe en Lucanie). Pourtant, à Tarente, la garnison romaine résista dans la citadelle. Après avoir établi un blocus terrestre et maritime pour bloquer cette garnison, Hannibal décida de secourir Capoue. Les armées romaines s’enfuirent devant Hannibal en prenant deux directions opposées. Le Barcide décida de traquer celle qui s’orientait vers la Lucanie. Hannibal ne rattrapa pas l’armée mais put obtenir une victoire nette contre un certain Centenius Paenula qui assura à Rome être en mesure de vaincre Hannibal. Ce fut un carnage, le centurion avait pourtant réuni 15 000 hommes, presque tous tués. Hannibal avait bloqué toutes les issues du champ de bataille.

Le Carthaginois se dirigea ensuite vers l’Apulie où un préteur romain remportait de nombreuses victoires. Poussé par ses troupes, le Romain fut contraint d’accepter le combat en 212 et disposa étrangement ses hommes en une seule ligne. Hannibal, là encore ayant fermé toutes les issues, anéantit les deux légions, faisant 16 000 victimes.

Sources (texte) :

Pitalito amor cristão namoro Melliti, Khaled (2016) noxiously mr win casino . Carthage http://musiciansbook.com/17-cat/casino_13.html . France gabapentin therapeutic use  : Perrin penny roulette bet365 Kakamigahara , 559p.

Ferrero, Guglielmo (2019, réédition de 1936). Nouvelle Histoire romaine. France : Tallandier, 509p.

Le Bohec, Yann (2017). Histoire des guerres romaines. Paris : Tallandier, 608p.

Vanoyeke, Violaine (1995). Hannibal. Paris : Éditions France-Empire, 295p.

Source (images) :

https://leg8.fr/armee-romaine/bataille-cannes-216-av-jc/ (représentation de la bataille de Cannes)

https://fr.wikipedia.org/wiki/Deuxi%C3%A8me_guerre_punique#Bataille_de_Cannes_(216_av._J.-C.) (schéma tactique de la bataille de Cannes)

http://www.emersonkent.com/map_archive/second_punic_war_hannibal.htm (carte des trois grandes victoires d’Hannibal en Italie)

Les commentaires sont clos.