La guerre de Cent Ans (partie IV) : 1422-1440

La guerre de Cent Ans (partie IV) : 1422-1440

1422-1440 : régence, double monarchie et une France divisée

Situation à la mort d’Henry V

La question en 1422 est : que faire à la mort d’Henry V ? La chose n’était pas prévue mais c’est donc son fils, Henry VI, qui obtient la régence. Par ailleurs, Charles VI meurt le 21 octobre 1422, soit moins de deux mois après la mort d’Henry V (taquin le Charles). Henry VI est pourtant encore bébé. Ce sont donc ses deux oncles qui assureront la régence (les oncles pèsent dans le game de la guerre de Cent Ans). Par ailleurs, Henry V avait donné des directives s’il venait à mourir et elles seront respectées. John de Lancastre, duc de Bedford, son frère, s’occupe de la France. Choix judicieux que celui de Bedford car cet homme de 33 ans est compétent militairement, bon diplomate et fin politicien. Humphrey, le frère cadet d’Henry V (31 ans), s’occupe lui de l’Angleterre, il est duc de Gloucester.

John de Lancastre, duc de Bedford

En 1422, la France anglaise comprend le nord et l’Aquitaine ainsi que les alliés de Bourgogne et de Bretagne. La partie française est au centre et au sud. Le découpage n’est pas si éloigné de celui qui intervient durant la Seconde Guerre mondiale. Bedford n’est pourtant pas dans une bonne position : il doit gérer sa partie de la France avec des garnisons dérisoires, le mécontentement constant de la population (le propre des français, sublime), les brigands qui installent l’insécurité, des finances très limitées et un frère au sang chaud qui distend les bonnes relations avec le duc de Bourgogne, Philippe le Bon. Gloucester stoppe ce dernier dans ses ambitions à l’est. Bedford, Philippe le Bon et de Richemont (frère de Jean V qui est lui-même duc de Bretagne) s’arrangent pour être beaux-frères les uns des autres. Mais de Richemont joue toujours un double jeu et les relations entre Anglais et Bourguignons sont tendues. Bedford ne doit par ailleurs pas se comporter en conquérant mais en régent sur le territoire français, ce qui limite ses actions. Son seul atout est la qualité de ses chefs militaires : Salisbury, Thomas Montaigu, John Fastolf et John Talbot pour les plus éminents.

Charles VII, roi de France

Bedford frappe une bonne monnaie pour redresser le pays. Charles VII, héritier direct du trône de France, en frappe une mauvaise pour déstabiliser Bedford. Charles VII est par ailleurs mal entouré : les détournements d’argent sont monnaie courante ; de ce fait, ceux qui le conseillent veulent prolonger le plus possible la guerre. On ne s’étonnera pas, dès lors, que le conflit s’enlise. Le 17 août 1424 pourtant, Bedford obtient une importante victoire contre Charles VII à Verneuil. La gravité de la défaite, qui tutoie celle d’Azincourt, est largement due aux cavaleries italienne et française (pourtant commandées par La Hire) qui préfèrent piller les bagages des Anglais plutôt que d’attaquer les archers anglais et prendre part à la bataille. Bedford doit régler des problèmes internes et s’en retourne de ce fait en Angleterre : il doit surtout calmer la colère de Philippe le Bon qui perd patience face à Gloucester, laissant place à la diplomatie de 1425 à 1427. D’une main de maître, Yolande d’Anjou parvient à faire signer une trêve entre Charles VII et Philippe de Bourgogne. Le 7 mars 1425, Yolande aide Arthur de Richemont à devenir le connétable de Charles VII alors même qu’il faisait partie de cette espèce de triumvirat Bedford-Philippe-de Richemont. Conséquence directe : Jean V de Bretagne, frère d’Arthur de Richemont, rejoint le camp de Charles VII. Bedford paye cher son éloignement du territoire français.

Arthur de Richemont

De Richemont va alors s’employer à chasser le mauvais entourage de Charles VII. Périlleux processus que voilà, ce nettoyage en règle déclenche rapidement une guerre privée contre La Trémoille (chef compétent mais pas sans défauts) en 1427-1428. L’anarchie prend place. La Trémoille est l’homme fort. Cette guerre privée à deux sous trois deniers permet aux Anglais de recouvrir leurs pertes. Bedford revient à la rescousse et assiège La Rochelle. Jean V s’empresse de revenir dans le camp anglais (il est presque aussi performant que Charles le Mauvais en retournement de veste). En 1428, Salisbury part de Calais et s’en va assiéger Orléans le 7 octobre. Manque de chance, Salisbury meurt le 24 octobre, tué par un boulet de canon tiré au hasard à 500 mètres de distance (tellement improbable que ça force le respect). Il est remplacé par Suffolk et Talbot. Orléans est une puissante ville très étendue. Corollaire de ces caractéristiques : son siège est particulièrement difficile à mener. Les meilleurs sont là pour harceler les assaillants : Poton de Xaintrailles, La Hire, Dunois, Raoul de Gaucourt, Gilles de Rais, Jean de Beuil et les frères de Chabannes (pas Dechavanne, reste calme stp). Tu me vois venir ? On est en 1428, siège sur Orléans… Un personnage à la renommée abusée va apparaitre.

Jeanne d’Arc

En avril 1429, une inspirée (comme tant d’autres à l’époque), veut voir Charles VII, le faire couronner à Reims et bouter les Anglais hors de France, guidée par Dieu (les joints étaient visiblement déjà monnaie courante). Charles VII est méfiant, il fait passer à cette femme du nom de Jeanne d’Arc des tests gynécologiques (pour voir si elle est bien Pucelle comme elle le dit) et théologiques. Après un 19,75/20 et les félicitations du Jury, Jeanne d’Arc peut parler à Charles. En gros, la conclusion c’est : au point où on en est, qu’est-ce qu’on risque à envoyer la tarée à Orléans ? C’est donc ce qui est fait. Yolande finance l’expédition. Le 29 avril 1429, Jeanne est à Orléans. Son idée, éclairée par la lumière divine : foncer dans le tas. Bah ouais, avec Dieu à tes côtés ça passe crème ! (Quelle stratège de génie !). Dunois, un poil plus réfléchi, préfère une tactique plus réaliste. Après une sortie le 6 mai, les Anglais lèvent le siège le 8 alors qu’on s’attendait à une bataille rangée côté français. Quel miracle ! La Pucelle a tout fait ! Ah non, elle ne s’est pas battue … Bon. Les Anglais sont simplement partis parce que le siège durait depuis 7 mois. Mais pourquoi cette postérité alors ? Parce que Bedford s’en sert (de Jeanne d’Arc) pour justifier l’échec du siège.

Pour Bedford, il faut rétablir la situation militaire. Les Français ont continué sur leur lancée, prenant d’autres villes, faisant prisonnier Suffolk et, surtout, le 18 juin, infligeant une grande défaite aux Anglais durant la bataille de Patay. Tous les plus grands chefs du moment étaient là. Talbot, Fastolf et Scales côté anglais. De Richemont, Gilles de Rais, La Hire, Poton de Xaintrailles, Dunois, La Fayette (pas celui du 18ème siècle, soyons sérieux svp), Gaucourt et Alençon côté français. C’est une mésentente entre Fastolf et Talbot qui provoque la panique et la déroute. 2 000 morts côté anglais, 200 prisonniers dont Talbot et Scales. 

Sacre de Charles VII à Reims

Jeanne d’Arc insiste alors lourdement pour aller faire sacrer Charles VII roi de France à Reims. Seulement voilà, Reims est en territoire Bourguignon. Peu importe, l’armée de Charles est grande et aucune ville ne tente de s’opposer à sa progression : les garnisons restent simplement dans les villes. Tant qu’elles ne sont pas attaquées, quel intérêt pour les villes d’attaquer une armée, qui plus est en infériorité numérique ? Le 17 juillet 1429, Charles est sacré à Reims. Le sacre est bâclé avec des copies des reliques. Sur le retour, Charles VII refuse d’attaquer Paris … Mais il laisse ceux qui le veulent tenter l’entreprise (du coup avec une partie de l’armée, c’est d’une stupidité poussée). Alençon, Gilles de Rais et Jeanne d’Arc attaquent la porte Saint Honoré en septembre 1429, ils sont repoussés. C’est la première fois que la Pucelle ne gagne pas. La magie est brisée, le roi veut se débarrasser d’elle (ce genre d’ingratitude puissance 1 000). Pour ce faire, Charles VII l’envoie à Compiègne, menacée de siège. Le siège ne tarde effectivement pas à être posé sur la ville. Jeanne d’Arc tente une sortie, on ferme la porte derrière elle (reconnaissance française : -4 732). Capturée par les Bourguignons, elle ne sera pas rançonnée. On ne rançonne pas un symbole, on le vend. Les Anglais achètent la « sorcière ». Après un procès expéditif, elle est brûlée sur la place publique le 30 mai 1431 à Rouen. Ça, c’est fait.

Cette bonne passe française ne dure pas bien longtemps. Des guerres privées ou querelles apparaissent entre La Trémoille et de Richemont (à nouveau), entre les comtes d’Armagnac et de Foix, entre les ducs d’Alençon et de Bretagne. En 1431 et 1432, les Anglais remportent plusieurs victoires, Philippe le Bon gagne des terres qu’il convoite depuis longtemps. Le camp anglais renforcé, Bedford peut amener Henry VI à Paris pour le faire sacrer roi de France (il est déjà roi d’Angleterre). Le 16 décembre 1431, Henry VI (10 ans), est sacré roi de France à Paris. Tout comme celui de Charles VII, ce sacre est bâclé. Henry VI quitte Paris le 26 décembre 1431 (après une très longue période de 10 jours, wow !) et quitte la France le 29 janvier suivant. Il ne remettra plus jamais les pieds en France (45 jours en France en tant que roi de France, c’est pour le moins efficace, pas sûr qu’il prenne la mesure du titre le petiot).

A partir de 1432, la guerre est décousue et ne se résume plus qu’à une multitude de petites attaques visant à satisfaire les intérêts personnels des différents belligérants. Tout le monde s’épuise pour des résultats dérisoires. Bedford perd sa femme, qu’il aimait vraiment, en 1432. Il n’est dès lors plus le beau-frère de Philippe le Bon. Pour ne rien arranger, il se remarie bien rapidement avec la nièce de Louis de Luxembourg (comme quoi, les chagrins d’amour c’est pas si dévastateur). Il se trouve que Louis de Luxembourg est vassal de Philippe le Bon. Bedford aurait dû demander son accord à Philippe (cuistot : des tensions inutiles supplémentaires pour la 8 stp !). Bedford connait encore des difficultés financières, des soulèvements apparaissent partout. Philippe le Bon connait également des soulèvements sur ses terres.

Georges 1er de La Trémoille

Jean V a encore changé de camp, se rapprochant de Charles VII (ne serait-il pas encore plus fort que Charles le Mauvais ? Les deux auraient fait la paire). De Richemont gagne ainsi en influence. Il élimine ses opposants, il s’en prend même à La Trémoille : le mettant aux arrêts et tentant de le tuer le 3 juin 1433. Sa graisse protège La Trémoille des coups de couteaux (manger MacDo peut rallonger votre vie, c’est désormais prouvé, pour votre santé, mangez fastfood). Par ce nettoyage en règle, Charles VII est mieux entouré.

Tout le monde est disposé à négocier. Le congrès d’Arras est l’un des plus grands rassemblements internationaux du Moyen-Age. Les Anglais veulent la pleine souveraineté sur la Normandie et l’Aquitaine ainsi que la couronne de France (bah gros, du coup tu nous offres quoi ?). Ils sont