Histoire du pétrole (partie V) : nouveaux concurrents et explosion industrielle (1891-1914)

Histoire du pétrole (partie V) : nouveaux concurrents et explosion industrielle (1891-1914)

Rappel : En 1873, les frères Nobel, marchands d’armes, s’installèrent à Bakou, estimant la jeune industrie pétrolière plus prometteuse que les armes. Les Nobel s’imposèrent à Bakou par des innovations dans le raffinage, rendant leur pétrole moins nocif. Après quoi, ils entreprirent la construction d’un oléoduc (1877) et inventèrent les premiers tankers (1878) pour faciliter le transport de l’hydrocarbure, permettant à la Branobel, leur société, d’évincer la Standard Oil du marché russe dès 1883. Cette dernière n’en conservait pas moins le contrôle du marché européen, autrement plus stratégique. La Branobel, désormais uniquement dirigée par Ludvig, fit cependant face à de la concurrence sur son propre territoire. Deux entreprises pétrolières concurrentes firent appel à la branche française de la famille Rothschild pour se financer. La famille juive, habituée à investir dans le rail, accepta de diversifier ses activités, malgré les lois antisémites du tsar Alexandre III. Débarquant à Bakou en 1882, les Rothschild fondèrent leur entreprise pétrolière, la Bnito, et relièrent par le rail Bakou à Batoumi, port sur la mer Noire. La Bnito permit finalement à la Branobel d’utiliser ses rails en échange d’un partenariat pour la construction d’un oléoduc transcaucasien, creusé par la dynamite en 1886. Au tournant du siècle, la part de la Russie dans les exportations mondiales de pétrole lampant atteignirent les 50%. Pourtant, de l’autre côté du globe, la Standard Oil entreprit, après l’intégration horizontale (rachat des raffineries) son pendant vertical (contrôler les puits et le transport du pétrole) dans les années 1870. En 1882, Rockefeller rassembla les holdings de son empire pour fonder le « trust » de la Standard Oil. En 1885, la Standard Oil était l’entreprise la plus puissante des Etats-Unis. Pourtant, elle faisait alors face depuis 1881 à l’épuisement soudain des réserves de Pennsylvanie. Rockefeller dénicha du pétrole en Ohio et décida de pleinement se lancer dans la possession de puits, y investissant des millions. Si bien qu’en 1898, la Standard Oil possédait le tiers des puits américains. Mais déjà les barons de Bakou, les Rothschild en tête, lorgnaient sur du pétrole découvert en Asie, s’associant avec un certain Marcus Samuel.

Le plus ardu pour le plan des Rothschild et de Samuel fut d’obtenir l’autorisation de faire passer les tankers par le canal de Suez (Rockefeller avait essuyé un refus) contrôlé par les Britanniques. Ce fut chose faite le 5 janvier 1892. Les tankers Murex, Conch, Clam et d’autres, partis d’Angleterre, passèrent tous par Batoumi charger le pétrole des Rothschild, puis voguèrent vers Bangkok. Tous les tankers avaient des noms de coquillages, en hommage au paternel de Marcus Samuel. La Standard Oil et les Rothschild tentèrent de s’entendre en 1892, sans succès. Rockefeller lança une nouvelle guerre des prix contre le pétrole russe en 1894. La même année, il tenta d’acheter la société maritime de Samuel, en vain. Le 14 mars 1895, la Standard Oil, la Bnito et la Branobel négocièrent pour se partager le monde : 75% aux Américains, 25% aux Russes. Mais la presse européenne l’apprit et le ministre des Finances du tsar Nicolas II, Sergei Witte, opposa son véto. C’est que la Russie voulait obtenir son indépendance du charbon britannique et ouvrit le tronçon principal du transsibérien en octobre 1891. La Russie allait avoir besoin de mazout (fioul lourd en russe) pour ses locomotives.

Marcus Samuel (1853-1927), homme d’affaires britannique, fondateur de Shell Transport and Trading Company et maire de Londres (1902-1903).

Pendant ce temps, confrontée aux pénuries de pétrole de Pennsylvanie, la Standard Oil prospecta en Californie, sur l’île – russe – Sakhaline (proche du Japon) et à Sumatra, la plus grande île des Indes néerlandaises. Difficiles d’accès, les zones de Californie et Sakhaline furent abandonnées au profit de celle de Sumatra, idéalement située face à Singapour à côté du stratégique détroit de Malacca.

Le premier puits de Sumatra fut foré par un planteur de tabac hollandais sur les terres du petit sultanat de Langkat, en 1885. Il se trouvait à côté d’une rivière se jetant dans le détroit de Malacca. La compagnie pétrolière Royal Dutch, soutenue par le roi néerlandais Guillaume III, fut fondée le 16 juin 1890. Malgré la forêt tropicale compliquant les choses, rien ne put perturber l’extraction de ce pétrole de qualité. Le pétrole de Sumatra stabilisa le rapport de force entre les grandes entreprises du pétrole, comme le fera plus tard, à plus grande échelle, le pétrole du golfe persique. Marcus Samuel chercha, lui, à exploiter le pétrole de Bornéo, île voisine de Sumatra. Le terrain y était trop compliqué, la déroute fut totale. Ceci n’empêcha pas Samuel, qui venait en 1897 de donner à son entreprise le nom de « Shell » en l’honneur de son père vendeur de livres sertis de coquillages, de proposer la même année, en avril, le rachat de la Royal Dutch. Cette dernière refusa, préférant une alliance commerciale. Elle refusa également une offre de rachat de la Standard Oil, formulée durant l’été. Dès la fin 1897, la manne ayant fait de la Royal Dutch un acteur incontournable s’épuisa, remontant davantage d’eau salée que de pétrole. Heureusement, l’entreprise trouva un nouveau gisement plus au nord.

Samuel, lui, était toujours en quête d’une nouvelle source. En janvier 1901, sur la colline de Spindletop, près de Houston au Texas, un ancien militaire autrichien fit jaillir du pétrole. Les puits se multiplièrent et tous se ruèrent sur la colline, utilisant désormais le trépan rotatif, plus efficace pour creuser. Bien que le pétrole soit de mauvaise qualité, produisant peu de kérosène, la Shell s’entendit avec le principal producteur pour lui acheter la quantité colossale de 100 000 tonnes de pétrole par an pendant 21 ans, à tarif fixe ! Samuel s’était montré généreux pour être sûr de gagner et contester sur son sol la Standard Oil. Il n’était pas alors question d’étudier la géologie, science qui n’était d’ailleurs pas assez développée. Si la Standard Oil ne vint pas interférer, c’est que l’Etat du Texas, l’un des premiers à s’élever contre les cartels, expulsa la société de ses terres suite à une plainte déposée en 1894 : un des principaux grossistes locaux avait dissimulé son appartenance à l’empire Rockefeller. En octobre 1901, Samuel repoussa une offre de rachat de la Standard Oil. Patriote et s’estimant fort, Samuel, 49 ans, préférait chercher l’alliance avec la Royal Dutch. Ainsi fut formée la British Dutch, dont la primauté du nom britannique exprime le rapport de force au capital. La Shell et la Royal Dutch fondèrent également, en juin 1902, l’Asiatic Petroleum Company, avec l’aide des Rothschild et du pétrole de Bakou. Samuel était désormais le seul à pouvoir concurrencer Rockefeller. Seulement voilà, à la surprise générale, les réserves de Spindletop s’épuisèrent dès l’hiver 1902 ; le lieu fut renommé Swindletop, « colline de l’arnaque » pour l’occasion.

Fait chevalier (1898), puis maire de Londres (1902-1903), ce nouveau riche n’était pas au bout de ses peines. Samuel subit à partir de 1903 une terrible guerre des prix menée par John Archbold, pour le compte de la Standard Oil, en Europe. Archbold s’affairait désormais à la direction quotidienne de la société. La Standard Oil maintint alors des prix élevés aux États-Unis pour soutenir son dumping en Europe. Bientôt, la Shell fut chassée d’Allemagne par la Deutsche Bank, alliée à la Standard Oil. Pendant ce temps, la Royal Dutch faisait florès à Sumatra et se permit même de forer, avec succès, sur l’île de Bornéo après 1901, là où Marcus Samuel avait échoué. La Royal Dutch se renforçant autant que la Shell ne déclinait, Marcus Samuel fut contraint à une humiliante fusion. En février 1907 fut fondée la Royal Dutch Shell, dont Samuel ne possédait que 40% des capitaux. La préséance était désormais inversée dans le nom comme dans la direction : un hollandais de 34 ans, Henri Deterding, le remplaça.

À Spindletop, la famille de banquiers qu’étaient les Mellon, qui avait financé les premières exploitations du Texas, récupérèrent de justesse leurs capitaux. Eux qui avaient déjà vendu à Rockefeller une compagnie de transport de brut dans les Oil regions, en 1894, proposèrent à Archbold leur place au Texas. La Standard Oil, déjà la cible d’attaques anti-cartels et anti-trusts, recula, laissant la place à ce qui seront ses deux seuls concurrents de taille aux États-Unis : la Gulf Oil et Texaco. Car contrairement à ce que laissait envisager Spindletop, les réserves de brut du Texas étaient immenses. Elles furent découvertes en 1905, sous un terrain indien qui devint, deux ans plus tard, l’Oklahoma. Des villes apparurent du jour au lendemain, comme Tulsa, bientôt surnommée « capitale mondiale du pétrole ». Les Mellon purent alors, avec leur entreprise nommée Gulf Oil (fondée en 1901), se bâtir un petit empire. On l’a dit, une autre entreprise put s’épanouir au Texas : la Texaco ; fondée le 28 mars 1901 par un ancien employé de la Standard Oil, Joseph Cullinan. Le capital provenait d’investissements pour partie new-yorkais et pour partie d’un groupe de Texans menés par James « Big Jim » Hogg, premier gouverneur du Texas né dans l’Etat et l’homme ayant chassé la Standard Oil juste avant la découverte de Spindletop. Il fut remplacé à la tête de la Texaco dès 1909 par un ingénieur ayant travaillé dans la Standard Oil. Les majors américaines étaient toutes reliées à Rockefeller.

William L. Mellon Sr. (1868-1949), banquier et co-fondateur de Gulf Oil et président du Parti républicain de Pennsylvanie (1926-1928).

Principale région pétrolifère du globe au début du XXe siècle, la Russie fournissait, en 1901, 233 000 barils par jour grâce à Bakou, la Ville Noire, contre 190 000 barils côté américain et 11 000 barils par jour pour les Indes néerlandaises. Premier producteur et premier exportateur, Bakou disposait presque de la moitié des extractions du pétrole avec ses 3 400 puits. Des dizaines de milliers d’ouvriers œuvraient 12 à 16 heures par jour sous une discipline de fer. En mars 1902, les ouvriers de l’usine Rothschild firent grève à Batoumi. La police tsariste abattit des grévistes et arrêta un certain Iosef Vissarionovitch Djougachvili, 23 ans, futur Joseph Staline, pour le moment surnommé Koba. Il s’évadera et ralliera immédiatement Batoumi puis Bakou, ville comptant désormais (en 1904) 200 000 âmes, pour la plupart azéris musulmans miséreux. Les révoltes étaient courantes. Le 13 décembre 1904, les grèves reprirent pour demander la journée de 8 heures. Les barons et le comité bolchévique local (dont Koba était membre) firent quelques concessions, sans effet. Les bolchéviques traitèrent les grévistes de « froide masse grise des ouvriers ». La grève dura jusqu’au 31 décembre. La première convention collective de l’histoire russe fut signée. Les ouvriers obtinrent même le remboursement de leurs deux semaines de grève.

Cette grève de Bakou annonçait la révolution de 1905, qui débuta réellement après le « Dimanche sanglant » du 22 janvier, lorsque la Garde impériale fit feu sur les manifestants désarmés. Bakou ne traversa pas la révolution sans secousses : dès février, les musulmans azéris et tatars (la majorité des ouvriers) s’en prirent aux chrétiens arméniens (généralement des négociants s’enrichissant grâce à l’or noir). Les massacres s’intensifièrent en septembre lorsque des Arméniens tirèrent sur des Tatars, qui répliquèrent. La police tsariste participa vraisemblablement à envenimer les choses. Soudain, le 3 septembre, de nombreux puits furent incendiés. En vérité, la majorité des puits fut endommagée. Les compagnies de pétrole, surtout la Branobel (dirigée, après la mort de Ludvig en 1888, par son fils Emanuel), ne s’en relevèrent jamais vraiment. Les banquiers rechinèrent à investir, surtout que de nouvelles et sévères grèves éclatèrent en 1908 (grèves durant lesquelles Iosef fut à nouveau arrêté et exilé). Bakou ne put revenir à son niveau de 1901 que dans les années 1920. Les Nobel et les Rothschild investirent plus au nord dans le Caucase, dans la zone pétrolifère de Grozny et Maïkop, nettement moins généreuse, tandis que Batoumi était délaissé.

En novembre 1906, la Deutsche Bank, les Nobel et les Rothschild fondèrent l’Europäische Petroleum Union (EPU) et investirent en Roumanie, où ils trouvèrent sur leur chemin la Standard Oil. Pourtant, la Roumanie resta toujours un producteur secondaire. En 1908, l’EPU et la Standard Oil se partagèrent l’Europe, la seconde s’emparant de 80% du marché. La Branobel licencia 1/4 de ses salariés en 1910, la Bnito fut absorbée par la Royal Dutch Shell en 1911 ; les Rothschild, qui avaient réservé 80% de leurs investissements pour l’or noir les années précédentes, misaient désormais sur la Royal Dutch Shell. Jusqu’à la création de l’OPEP, la Standard Oil, puis la Royal Dutch Shell (dans cet ordre) resteront les maîtres du jeu.

L’ère du pétrole avait pleinement débuté et l’évolution de l’industrie le fit transparaître au tournant du siècle. Le bois, en brûlant, libère 14 mégajoules par kilogramme (MJ/kg), le coke ou la houille 27 MJ/kg, le pétrole 36 MJ/kg. Le brut, force naturelle plus dense et malléable, devint alors une source évidente de force mécanique. Si le charbon resta jusqu’à la moitié du XXe siècle le combustible de l’humanité technique (industrie lourde, métallurgie, électricité, marine marchande, chauffage), le pétrole alimenta tous les véhicules devant être efficaces (navires de guerre, avions, automobiles). Pourtant, les premiers tramways furent électriques dans les années 1890, tout comme les premiers taxis (New York et Philadelphie en 1897, Paris en 1899). Le premier véhicule automobile à franchir les 100 km/h fut la « Jamais Contente », en France, le 1er mai 1899. Mais le moteur à combustion interne se révéla bien plus autonome, plus robuste, plus simple, plus léger, bien moins cher à produire qu’un moteur électrique avec un combustible plus abondant. Restait le carburant agricole (alcool végétal), incapable de concurrencer le pétrole par le prix ou le volume. En 1903, Renault, Peugeot et Panhard firent brièvement de la France le premier constructeur mondial. En 1901, Henry Ford, ingénieur de 38 ans ancien salarié d’Edison, participa à la création de Cadillac. La première chaîne de production fut montée dans le Michigan par Ransom Eli Olds, fondateur de Oldsmobile. Le 16 juin 1903 fut fondée Ford Motor Company. Le 17 décembre, en France, les frères Wright installèrent un moteur à essence 12 CV dans leur aéroplane, le Flyer, inaugurant l’ère de l’aviation. Toujours en 1903, en Iowa, Charles Hart et Charles Parr fabriquèrent l’un des premiers véhicules agricole motorisé, nommé « tractor ». Le 16 septembre 1908, General Motors fut fondé dans le Michigan, surtout grâce au prêt de 6 millions de dollars consenti par John D. Rockefeller. Il demanda à être remboursé en actions : GM devint le premier constructeur automobile du monde. Le 1er octobre, Ford présentait sa Ford T, premier modèle qui sera fabriqué en série à des millions d’exemplaires. Ce succès poussa Ford à optimiser sa chaîne de production en 1913, en s’appuyant sur l’exemple du taylorisme, inventé par l’ingénieur américain Winslow Taylor. L’industrie automobile avait sérieusement accéléré aux États-Unis : près de 500 000 véhicules y furent vendus en 1913, contre 45 000 en France, 34 000 au Royaume-Uni et 20 000 en Allemagne. Pour retenir ses salariés, Ford décida, le 5 janvier 1914, de doubler la paye des ouvriers qualifiés (5 dollars de l’heure) et de les intéresser au profit de l’entreprise. Cette décision, ainsi que celle de construire des véhicules accessibles car standardisés, fut une étape décisive de l’émergence d’une classe moyenne aux États-Unis et de la société de consommation.

Henry Ford (1863-1947), fondateur de Ford (1903) puis directeur général de l’entreprise (1906-1945).

Le brevet déposé par le docteur William M. Burton, pour la Standard Oil of Indiana, le 7 janvier 1913, y participa également. Celui-ci décrivait un procédé de raffinage du pétrole par « craquage thermique » des plus longues molécules d’hydrocarbures. Ce procédé permettait d’accroître de moitié la production d’une partie du pétrole brut dont les raffineurs se débarrassaient naguère : l’essence (gasoline en anglais). La pénurie ne serait pas pour tout de suite. En 1914, les ventes d’essences égalèrent celles de pétrole lampant. Ce brevet rapporta gros à la Standard Oil of Indiana, jusqu’à ce qu’il soit contesté en 1921, car déjà déposé en Russie en 1891 par l’ingénieur Vladimir Shukhov. L’automobile restait cependant un bien destiné aux riches et demeurait rare en 1914. Aux États-Unis, il y avait 17 véhicules pour 1 000 habitants en 1914. Mais déjà l’automobile fascinait, extirpant l’homme de sa dépendance aux bêtes. Et pour cause, 50 litres d’essence ont l’équivalent de la force de 1 000 hommes en pleine forme sur une journée entière de travail. Les liaisons électromagnétiques fournies par 100 grammes de pétrole équivalent un kilowattheure, soit la force de 10 tonnes d’eau tombant de 40 mètres. Avec le pétrole, l’homme était comme servi par des légions d’« esclaves énergétiques ». Ceux-là même qui participèrent grandement à mettre fin à l’esclavage (ou l’asservissement physique au travail) qui, jusqu’alors, touchait les 3/4 de l’humanité.

L’esclavage, le servage, le métayage, tout ceci était courant jusqu’à la révolution industrielle. La création de la classe ouvrière et la possibilité de substituer le pétrole aux hommes concernant les plus grandes dépenses d’énergie furent décisifs dans la fin du travail forcé généralisé et dans l’essor de la classe moyenne et même l’émancipation, certes lente mais néanmoins effective, des prolétaires. D’ailleurs, durant la guerre civile américaine, le Nord industriel et abolitionniste ne l’a-t-il pas emporté sur le Sud agraire et esclavagiste ? Certains soutiennent que l’apparition de la machine à vapeur permit la fin de l’esclavage. Après tout, l’esclavage fut aboli dans l’Empire ottoman en 1847, en France en 1848 (brièvement en 1794 contre le travail forcé, du fait de la pression des colonies), en Russie en 1861, aux États-Unis en 1865. La traite avait été interdite un peu plus tôt. L’esclavage n’était plus rentable. Le pétrole amenant le confort, on pourrait aussi voir dans cette énergie une clef de l’affranchissement des épouses dans les sociétés occidentales au XXe siècle.

Le début du XXe siècle fut également l’occasion d’une lutte de la Justice américaine contre les trusts et cartels, surtout celui de la Standard Oil. Rockefeller fut un fugitif dès 1879, lorsqu’un comté de Pennsylvanie le condamna lui, Archbold et d’autres dirigeants de la Standard Oil pour conspiration visant à monopoliser l’industrie du pétrole. Les condamnations se multiplièrent ensuite. Les techniques de Rockefeller pour vaincre sa concurrence furent exposées. Rockefeller nia avoir eu connaissance de ces pratiques alors même que ses archives montrent qu’il les encourageait. Les premières lois antitrusts furent adoptées aux États-Unis par certains États dès 1888. Le 2 juillet 1890, le président Benjamin Harrison promulgua la première loi antitrust, proposée par le sénateur de l’Ohio, John Sherman, frère cadet du général. Cette loi Sherman permit au gouvernement de lutter contre trusts et cartels. Rockefeller critiqua publiquement le texte, chose hautement inhabituelle. Pourtant, la loi, surnommée « Swiss Cheese Act » (loi gruyère), ne fut d’abord pas appliquée. Il n’était pas aisé de s’attaquer à la plus puissante entreprise des États-Unis, celle qui pourvoyait le citoyen en pétrole pour un coût très raisonnable et les industriels pour un coût dérisoire ; des prix bas permis par un coût d’exploitation ridiculement faible (une fois les coûts fixes initiaux – non excessifs – engagés) pour des immenses profits.

Sources (texte) :

Auzanneau, Matthieu (2021). Or noir, la grande histoire du pétrole. Paris : La Découverte, 890p.

LeVine, Steve (2007). The Oil and the Glory, the pursuit of empire and fortune on the Caspian Sea. New York : Random House, Inc., 472p.

Sources (images) :

https://fr.wikipedia.org/wiki/Marcus_Samuel (Marcus Samuel)

https://en.wikipedia.org/wiki/William_Larimer_Mellon_Sr. (William L. Mellon)

https://fr.wikipedia.org/wiki/Henry_Ford (Henry Ford)

Les commentaires sont clos.