L’histoire du pétrole (partie II) : l’ascension fulgurante de John D. Rockefeller (1859-1878)
Rappel : Constituées il y a des millions d’années par l’accumulation d’être vivants dans des couches de sédiments ensuite chauffées à mesure qu’ils s’enfoncèrent dans l’écorce terrestre, les hydrocarbures (pétrole, gaz) se formèrent majoritairement sur les littoraux d’une terre scindée en deux paléo-continents, l’un au nord, l’autre au sud ; expliquant pourquoi la majorité des réserves d’hydrocarbures se trouve à une latitude comparable (Venezuela, Maghreb, Moyen-Orient). L’Homme ne découvrit pas le pétrole au XIXe siècle, mais seulement ses extraordinaires propriétés énergétiques. Ainsi, les Egyptiens utilisaient le pétrole pour maquiller les défunts, les Romains pour graisser les essieux, les Byzantins pour produire du feu grégeois, les Chinois et les Musulmans pour répandre le feu, les Amérindiens, comme les Mésopotamiens, pour assurer l’étanchéité des embarcations… Et partout, le pétrole était vendu pour des raisons médicinales. Bitume, petroleum, naphte, le pétrole commença à intéresser les puissances occidentales en pleine révolution industrielle lorsque ces pays l’utilisèrent pour s’éclairer (pétrole lampant). Samuel Kier, un irlando-écossais vivant aux Etats-Unis multiplia la production du pétrole lampant obtenu par distillation au début des années 1850. Ainsi allait s’ouvrir l’âge du pétrole industriel.
Le 27 août 1859, un soi-disant colonel de l’armée américaine, Edwin Drake, fit jaillir du pétrole d’un forage profond de 21 mètres au bord d’une petite rivière de Pennsylvanie. Il reçut le lendemain, avec du retard, une lettre de la banque auprès de laquelle il avait contracté un prêt en prétendant être colonel ; cette lettre lui intimait d’arrêter le forage : le banquier, James Townsend, avait perdu espoir. Le forage de Drake, sur une île au milieu d’un petit affluent de l’Allegheny, l’Oil Creek, connu pour ses dépôts huileux, fut surnommé « folie de Drake » par les bûcherons. Cette installation consistait en un derrick en bois et un instrument de forage à percussion. Une pièce de métal frappait le sol grâce à un moteur à vapeur alimenté en bois*. À ce moment, plusieurs chimistes avaient constaté que distiller le pétrole pouvait donner différents produits très utiles. Pour les Américains, Drake, un touche-à-tout muni d’un haut-de-forme et d’une longue barbe, fut le pionnier de l’exploitation pétrolière. Pour les Russes et les Azéris, la primauté revient à un autre puits de 21 mètres de profondeur, foré en 1846 à Bakou sur ordre d’un membre du Conseil du comité administratif central de Transcaucasie, Vasiliy Semyonov. Le forage, dirigé par le major Alekseyev, officier du tsar, fut entrepris non pas avec l’énergie d’une machine à vapeur mais avec les muscles de huit hommes. En 1858, en Ontario au Canada, James Miller Williams, dirigeant une carrière de bitume, fit forer un puits d’eau. Du pétrole en jailli à la place. Du reste Samuel Kier lui-même exploitait des puits en 1850. Mais les Américains renâclèrent vraisemblablement à accorder la paternité à d’autres que Drake (Samuel Kier étant un « homme-médecin » lié à Buchanan, l’une des présidents américains les moins capables, n’ayant su prévenir la guerre de Sécession).
*Le forage rotatif, déjà utilisés en Europe pour les puits d’eau, le sera plus tard pour ceux de pétrole.

L’exploitation du gaz de schiste, ou de roche mère, n’était pas nouvelle non plus. En France, une mauvaise traduction nous pousse à parler de gaz ou de pétrole de schiste (shale oil et shale gas en anglais) alors qu’il s’agit, à proprement parler, de gaz ou de pétrole « de roche mère » ; ils ne sont pas issus de schistes mais bien de roches mères n’ayant pas encore eu le temps d’expulser vers la surface les hydrocarbures. Hormis quelques tentatives isolées du début du XIXe siècle, le recours à la fracturation de la roche mère, coûteuse et particulièrement technique, ne se développa qu’avec l’envolée du cours du pétrole au début des années 2000. Il ne faut pas confondre ces hydrocarbures de roche mère avec l’« huile de schiste » (oil shale), ou « huiles de kérogène », qui sont des huiles extraites par pyrolyse de roches mères non matures, dites « schistes bitumineux », généralement plus proches de la surface. Ces huiles de schistes, accessibles dans des carrières, ont été exploitées assez modestement en Ecosse, aux États-Unis, en Estonie et en France avant l’essor de l’industrie pétrolière, par des techniques proches de celles utilisées pour l’extraction du charbon. Ainsi, l’exploitation des gaz de schistes, presque aussi vieille que celle du charbon dans les Appalaches, resta modeste. Le gaz naturel était utilisé dès 1825 dans le village de Fredonia, proche du lac Érié, récupéré dans des anfractuosités peu profondes pour éclairer quelques rues. En 1857, l’entrepreneur Preston Barmore fora un puits d’une trentaine de mètres pour trouver du gaz de schiste. Mais l’exploitation resta modeste. Si Drake ne fut pas le véritable premier, il lança néanmoins la première ruée vers l’or noir en 1859, dix ans exactement après la première ruée vers l’or de Californie.
Avant l’apparition du pétrole, superbe lubrifiant ou source de lumière, c’est la graisse de baleine ou le spermaceti* qui étaient très recherchés pour ces usages. En quelque sorte, le pétrole sauva les baleines, les cachalots, les phoques, les éléphants de mer et autres mammifères pourchassés pour leurs graisses. A cette heure de l’Histoire, au prix de grands efforts, les baleiniers pouvaient extraire jusqu’à 2 000 litres de spermaceti du crâne d’un cachalot tandis que 3 000 litres de brut jaillissaient quotidiennement du seul puits de Drake. La flotte de baleiniers américains atteignit ainsi un pic en 1846 puis déclina. La guerre de Sécession permit à l’industrie pétrolière un essor rapide. Car durant celle-ci, le « roi Coton » des États sécessionnistes (sud) fut écrasé par le roi charbon des États unionistes (nord). D’avril 1861 à mai 1865, la guerre stimula la production de « kerosene », lui permettant de se départir de toute concurrence en réquisitionnant et détruisant par exemple l’essentiel de la flotte de baleiniers, mais également mettant fin à l’importation de la térébenthine** sudiste utilisée, comme le pétrole, pour nettoyer les plaies des soldats blessés, mais aussi pour illuminer ou être transformée en « camphrene »*** bon marché servant à graisser les roues et rouages. Guerre mécanique, la guerre de Sécession fit la fortune des vendeurs de lubrifiants et solvants. Il était alors clair, en 1865, que le pétrole serait le futur. Le progrès de la civilisation requérait ainsi souvent d’aller chercher le pétrole où il se trouvait : dans des zones inhospitalières.
*Huile très fine extraite de la tête des cachalots, dite « huile des rois ».
**Pâte huileuse provenant des pins.
***Faite avec la décomposition de la térébenthine par alcalis (de l’arabe al-qâly, mélange de soude et d’ammoniac) de l’huile pyrogénée de résine.
Un an seulement après la découverte de Drake dans l’Oil Creek (1860), 75 puits similaires avaient été forés en Pennsylvanie. Le puits d’Edwin Drake avait d’ailleurs été détruit par le feu une semaine après son ouverture, en 1859. Depuis, les forêts avaient été rasées, substituées par une forêt de derricks en bois. L’air était irrespirable, vicié par le méthane et des millions de litres des résidus de distillation du pétrole dont on ne savait à cette heure que faire (l’essence, par exemple), qui se déversaient dans la rivière. En avril 1861, alors que la guerre de Sécession avait débuté une semaine plus tôt, le premier « gusher », un puits par lequel le pétrole jaillit par lui-même tel un geyser par l’effet d’une colossale pression, fut découvert. Les émanations de gaz s’enflammèrent et tuèrent 19 personnes. L’incendie ne fut maîtrisé qu’après trois jours. Ce gusher expulsait alors l’équivalent de 3 000 barils par jour*. Il y avait tant d’incendies que les producteurs prévinrent : « Les fumeurs seront abattus. » Des villes champignons – Oil City, Oleopolis, Pihole – naquirent en quelques jours, attirant marchands, prostituées et escrocs, atteignirent quelques dizaines de milliers d’habitants, puis devinrent des villes fantômes du jour au lendemain, en même temps que s’épuisaient les puits. Les parcelles de terres voyaient leur prix exploser jusqu’au million de dollars puis retomber brutalement tomber à 5 dollars. Les producteurs faisaient rapidement fortune puis se ruinaient souvent aussi rapidement, entre surproduction et pénurie. Un gusher pouvait faire tomber le prix du baril à 10 cents.
*Le baril de Pennsylvanie, de 159 litres, reste encore aujourd’hui la référence comme unité.

John Davison Rockefeller Senior, né le 8 juillet 1839 dans l’Etat de New York, descendant d’une famille germano-franco-anglaise immigrée, chrétien convaincu, fut le capitaliste protestant par excellence, mais témoigna d’un véritable génie. Sa mère, dévote et épouse délaissée, lui inculqua une sévère rectitude morale, tandis que son père autoritaire, charismatique, grand buveur, tireur d’élite, absent, fut un modèle. Celui-ci, Bill Rockefeller, gérant plusieurs petites scieries, bigame et individualiste, surnommé « Devil Bill » dans son village, décida de se faire médecin charlatan. John D. dit un jour de son paternel : « Il m’a appris les principes et les méthodes des affaires. » Bill lui-même décrivit un jour ses méthodes d’éducation à un voisin : « Je fais des affaires avec les garçons et je les plume, en fait je les enfonce chaque fois que je peux. Je veux les rendre affûtés. » Affûté, John, son fils ainé, le sera plus que quiconque. Comptable, John D. Rockefeller se fit grossiste à 20 ans en établissant une petite maison de négoce à Cleveland, un important nœud d’industrialisation non loin des Appalaches et des Oil regions. Associé avec Maurice Clark, de douze ans son ainé, ils fondèrent un modeste entrepôt pour faire de l’achat revente. Cleveland était assez loin de la ligne de front pour ne pas subir la guerre de Sécession mais assez proche pour en profiter. En 1863, Rockefeller avait déjà assez de sous pour acheter des actions dans les chemins de fer et pour s’associer avec un chimiste en manque de fonds, Samuel Andrews. Ce dernier parvint à convaincre Rockefeller et Clark d’investir 4 000 dollars dans un « petit à-côté » : un atelier de raffinage de pétrole.
Andrews, ayant appris les techniques de distillation des graisses animales, s’essaya aux huiles de schistes extraite des schistes bitumineux de Pennsylvanie. Ainsi, Rockefeller entrait-il dans le monde du pétrole par la petite porte, mais aussi par l’aspect le moins volatile de cette industrie : son établissement de négoce n’était pas sujet aux hasards de la production. Contrairement à nombre de concurrents, Rockefeller ne s’installa pas dans les forêts des Oil regions mais au bord d’une rivière proche du lac Érié et de Cleveland, où la première ligne de chemin de fer reliant Cleveland à New York fut inaugurée quelques semaines plus tard (3 novembre 1863). La guerre de Sécession profita aux grossistes, bénéficiant de la fermeture du Mississippi et autres routes commerciales vers le sud des États-Unis, ainsi que de la forte inflation sur les matières premières. Les prix du baril explosèrent, passant de 0.35 dollar le baril en 1862 à un pic de 13.75 dollars le baril durant la guerre. L’industrie pétrolière nécessitait de très faibles investissements pour d’immenses profits. Alors, naturellement, les raffineries se multiplièrent à Pittsburgh, New York, Baltimore et Philadelphie. Fin 1866, une cinquantaine de distilleries s’étaient installées à Cleveland, dont les 2/3 du pétrole lampant avait pour destination l’Europe. John envoya son frère William investir les profits de son affaire à Wall Street. L’industrie pétrolière avait déjà des ambitions internationales. Rockefeller, confiant, empruntait constamment de grandes sommes d’argent, mais remboursait toujours davantage. À 25 ans, il racheta la plus importante raffinerie de Cleveland (plus de 500 barils par jour). À 29 ans, en 1868, il siégea pour la première fois au conseil d’administration d’une banque, l’Ohio National Bank. La première d’une longue série. Rockefeller avait compris que commercialiser le pétrole, pour en faire abaisser le tarif du transport, était bien plus important et bien moins dangereux que de la produire. Au printemps 1868, il passa un accord secret avec Jay Gould, magnat des chemins de fer : Rockefeller acceptait de financer le premier réseau important de pipelines (oléoducs) à courte distance desservant les puits de l’Oil Creek, contre un rabais de 75% sur le transport de son pétrole, sur les voies ferrées de Gould. Comme l’expliqua Rockefeller, avec le pétrole, les compagnies ferroviaires eurent accès à « un volume d’affaires large et régulier, tel qu'[elles] n’en avaient jamais eu jusqu’ici ». Même le charbon était, par exemple, largement consommé sur place. Les magnats du chemin de fer devinrent alors les fidèles alliés de Rockefeller.

Le 10 janvier 1870, John D. Rockefeller fonda la Standard Oil Company dans l’Etat de l’Ohio. L’entreprise ne possédait aucun puits de pétrole mais, avec un million de dollars de capital, disposait de 10% des raffineries américaines. Le nom choisi par Rockefeller illustre l’un des facteurs de son succès : alors que l’industrie pétrolière connaissait nombre de mauvais raffinages provoquant des explosions mortelles, la Standard Oil promettait une qualité standardisée du pétrole. John D. possédait 26.67% des actions et demeurera toujours détenteur en propre de plus du quart des actions de l’entreprise. Avec les parts de son frère William et celles détenues par l’ancienne société (absorbée par la Standard Oil), les Rockefeller détenaient plus de 40% du capital. Les deux autres associés principaux étaient Samuel Andrews, chargé du fonctionnement des raffineries, et Henry Flagler, un investisseur ayant fait fortune dans la vente de grain à l’armée américaine durant la guerre civile. Âgé de 30 ans, John ne dissimulait plus ses ambitions hégémoniques. À l’orée des années 1870, l’industrie pétrolière était la proie d’une spéculation démesurée motivée par des rendements démentiels. Elle était telle que les raffineries étaient théoriquement capables de distiller un volume de brut trois fois supérieur à celui qui sortait des puits des Oil regions. Rockefeller décida alors de mettre fin aux affres de la concurrence en bâtissant un cartel dominé par la Standard Oil. Rien de nouveau en Amérique. Durant la guerre, les raffineries avaient constitué la Oil Creek Association pour restreindre les extractions et faire grimper les prix.
Fin 1871, alors que le prix du brut chutait naturellement, Rockefeller racheta discrètement le plus gros grossiste de New York et leva des fonds auprès de banques pour faire passer le capital de la Standard Oil de 1 à 3.5 millions de dollars le 1er janvier 1872. Or, le 30 novembre 1871, Tom Scott, président des chemins de fer de Pennsylvanie, lui avait proposé une alliance cryptique entre son entreprise (alors la plus puissante du monde), quelques raffineurs et deux autres des plus puissants réseaux ferrés américains : la New York Central de Cornelius Vanderbilt et la Erie Railroad de Jay Gould. L’accord fut signé sous le nom délibérément déroutant, de la South Improvement Company (SIC), aujourd’hui considéré comme l’un des premiers exemples de holding financière. Ce double cartel, destiné mettre fin à la concurrence dans l’industrie du rail comme dans celle du pétrole bénéficiait à toutes les parties prenantes : 45% du pétrole transporté était ainsi réservé à la Pennsylvania Railroad et 27.5% pour chacune des deux autres. En échange, les raffineurs bénéficiaient d’un rabais de 40% sur le prix normal de chaque baril transporté… mais également de 40% de rabais supplémentaire pour le transport de chaque baril appartenant aux raffineurs hors du cartel*. Pour ces derniers, le prix de transport doubla à partir du 26 février 1872. La Standard Oil était la clef de voûte. Mais l’accord fut rapidement révélé, les wagons de la Standard Oil attaqués, brûlés, vidés. Rockefeller dut temporairement licencier 90% de ses ouvriers. Le cartel ne résista pas à la vindicte. Rockefeller fut le dernier à abdiquer, reconnaissant les contrats de la SIC caducs le 8 avril. Mais de fin février à début avril, la Standard Oil avait racheté 22 de ses 36 concurrents raffineurs de Cleveland. L’opération fut surnommée « le massacre de Cleveland ». À 31 ans, Rockefeller dirigeait la plus grande entreprise de raffinage au monde et disposait du quart des capacités américaines. Un mois après la fin du SIC, il mit en place un autre cartel, cette fois officiel, avec les raffineurs de Pittsburgh.
*Le prix officiel du transport d’un baril de Cleveland à New York était alors de 2.56$. Les raffineurs de la SIC payaient 1.06$ de moins que ce prix pour le transport de leurs barils et les compagnies de chemin de fer reversaient également 1.06$ pour tout baril qu’ils transportaient pour le compte de raffineurs ne faisant pas partie de la SIC. En somme, les compagnies de chemin de fer étaient toujours payées 1.5$ par baril tandis que les raffineurs hors de la SIC s’appauvrissaient directement au profit de ceux faisant partie de la SIC (ils payaient 2.56$ dont 1.06$ allait de facto à la SIC).
Au même moment se dressa contre la Standard Oil une alliance de producteurs des Oil regions. Ceux-ci s’arrêtèrent de forer pour faire grimper les prix. Rockefeller, que la surproduction gênait, ne put que s’en réjouir. Le pétrole n’était alors pas rare ; la position des producteurs en devint rapidement intenable. La rareté, situation économique courante, ne correspondait pas à l’anomalie qu’était alors l’industrie pétrolière pour la science économique : le pétrole existait en immenses quantités tout en étant très précieux, servant à de multiples usages. Les petits raffineurs du cartel, dit « plan de Pittsburgh » trichèrent sur leurs quotas, faisant échouer la stratégie de pénurie. Les rixes entres producteurs débutèrent, des puits partirent en feu. Rockefeller avait alors bien compris que l’industrie pétrolière permettait des bénéfices extraordinaires pour un investissement initial négligeable (des tuyaux, des pompes, des alambics et des wagons) avec un prix pour le consommateur finalement toujours assez bon marché. Après le « massacre de Cleveland », la Standard Oil avait atteint une masse critique de capitaux, possédant assez de raffineries pour vendre plus de « kerosene » moins cher que n’importe qui et mettre à genoux la concurrence. Elle pouvait surtout vendre plus cher dans les villes où la concurrence n’existait plus et vendre très peu cher où elle existait encore.
En 1874, Rockefeller racheta Charles Pratt & Co., son principal concurrent new-yorkais ; puis Lockart, Few & Co., principal raffineur de Pittsburgh. Personne ne pouvait résister. En 1877, 90% de l’industrie du raffinage aux États-Unis était contrôlé par la Standard Oil, qui faisait par ailleurs les 3/4 de son chiffre d’affaires à l’étranger. Rockefeller, pragmatique et perfectionniste, anticipa sur le taylorisme en optimisant les tâches récurrentes de la main-d’œuvre en utilisant, par exemple, moins de gouttes de soudure pour sceller chaque baril. En août 1878, il estima son associé Sam Andrews dépassé et lui racheta ses actions. En parallèle, il embaucha ses plus tenaces ennemis pour en faire des vassaux, comme Henry H. Rogers, représentant des raffineurs new-yorkais et John D. Archbold, raffineur indépendant qui pestait auparavant contre Rockefeller. Ce dernier affirma au cours d’un entretien que « la concentration industrielle est un phénomène économique fondamental et inéluctable » ; disant avoir fondé un « système d’administration économique » ayant « révolutionné la manière dont les affaires sont faites dans le monde entier. » Pour lui, « le temps du cartel va perdurer. L’individualisme est mort, pour de bon. » En cela, Rockefeller ne réfléchissait pas différemment qu’un Marx écrivant dans Le Capital que le crédit et les marchés financiers allaient tuer la concurrence et former un « énorme mécanisme social de centralisation des capitaux ». Rappelons ici que Rockefeller n’avait rien inventé : ni la production ou l’utilisation du pétrole, ni son raffinage ou son exportation, ni les cartels avec des rabais.
Sources (texte) :
Auzanneau, Matthieu (2021). Or noir, la grande histoire du pétrole. Paris : La Découverte, 890p.
LeVine, Steve (2007). The Oil and the Glory, the pursuit of empire and fortune on the Caspian Sea. New York : Random House, Inc., 472p.
Sources (images) :
https://fr.wikipedia.org/wiki/Edwin_Drake (Drake)
https://fr.wikipedia.org/wiki/Parc_d%27%C3%89tat_d%27Oil_Creek (Oil Creek)
https://fr.wikipedia.org/wiki/John_Davison_Rockefeller (J. D. Rockefeller)